Il répondit simplement : « Nous t’avons entendue. Mais cette décision nous appartient. Je t’appellerai ce soir. »
Puis il reprit la route. Aucun triomphe bruyant, aucune vengeance. Juste la possibilité nouvelle de terminer un trajet ensemble.
À La Ciotat, la petite maison nous attendait au bout d’une rue tranquille. La cour était moins grande que sur les photographies. Il faudrait réparer un volet, et nos meubles n’entreraient pas tous dans le salon. Nous avons discuté des dépenses, du temps de trajet, de ce que chacun aurait à laisser derrière lui. Cette fois, nous n’avions pas besoin d’un ennemi commun pour prendre une décision commune.
Nous avons finalement déposé un dossier pour louer la maison pendant un an. Ce n’était pas un serment de ne jamais revenir à Marseille. C’était un essai choisi à deux, sans permission extérieure.
Quelques semaines plus tard, Colette envoya une lettre. Elle y reconnaissait avoir demandé qu’on installe un dispositif de suivi, être entrée chez nous sans nous prévenir et avoir annulé le rendez-vous. Elle écrivait aussi : « Je t’ai frappée, Élodie. Rien ne le justifiait. » Elle disait avoir pris rendez-vous pour parler de sa peur d’être abandonnée.
Je lus ses mots plusieurs fois. Une lettre ne réparait pas ma confiance, et une démarche annoncée ne prouvait pas encore un changement. Nous convînmes qu’il n’y aurait ni clé, ni géolocalisation, ni visite improvisée. Julien pourrait la rencontrer ponctuellement, et je déciderais moi-même quand je me sentirais prête à la revoir.
Le soir où nous reçûmes les clés de notre nouvelle maison, Julien posa une petite boîte vide sur une étagère du garage. Pendant un instant, je crus qu’il avait gardé le traceur ici. Il m’expliqua qu’il avait conservé l’objet et les documents séparément, pour que notre signalement reste complet. La boîte vide était destinée aux clés de notre nouveau foyer.
Il y déposa les siennes, puis me tendit la main.
« Tu choisis où on les met ? » demanda-t-il avec un sourire fatigué.
Je regardai la lumière du soir sur les murs blancs, puis la route qui s’ouvrait devant nous. Pendant trop longtemps, quelqu’un avait cru que nous aimer signifiait savoir exactement où nous allions.
Cette fois, nous n’avions plus à donner notre position pour prouver notre amour. Nous avions simplement à décider, ensemble, de la direction à prendre.