« Maman, pourquoi tu aimes peindre les murs ? »

J’ai réfléchi avant de répondre.

« Parce que parfois, on peut rendre un endroit un peu plus accueillant. Et parce que les gens qui vivent ici ont le droit de trouver ça beau. »

Elle a regardé les couleurs sur ma palette.

« Alors tu construis des choses ? »

La question m’a bouleversée.

Mon frère m’avait dit, devant une salle entière, que je ne faisais que peindre des murs.

Ma fille, elle, comprenait déjà qu’un mur pouvait aussi devenir un endroit où quelqu’un avait envie de rester.

« Oui, ma chérie, ai-je répondu. À ma façon. »

Elle m’a tendu un crayon jaune.

Je ne sais pas ce que l’examen des anciens contrats établira définitivement. Je ne sais pas non plus si mes parents deviendront un jour des personnes avec lesquelles je pourrai partager un déjeuner sans crainte d’être jugée.

Je sais simplement ceci : je n’avais pas besoin que deux cents invités découvrent mon travail pour qu’il ait une valeur.

Je n’avais pas besoin non plus de l’approbation d’une ancienne préfète pour mériter d’être protégée.

Évelyne a pris ma défense lorsque beaucoup d’autres se taisaient, et je lui en serai toujours reconnaissante. Mais le plus important, ce soir-là, n’a pas été la manière dont les invités ont changé de regard.

C’est que moi, enfin, je n’attendais plus le regard de mon père pour savoir qui j’étais.

La clé USB est retournée dans le dossier de mon avocate.

Ma robe noire est restée dans mon armoire.

Et dans ma cuisine, un dimanche matin, j’ai regardé Zoé dessiner une maison aux fenêtres ouvertes. Elle y avait placé deux silhouettes, une grande et une petite, côte à côte.

Elle m’a montré son dessin.

« Là, c’est chez nous. »

J’ai souri.

Depuis sept ans, je croyais avoir perdu une famille entière.

Ce jour-là, j’ai compris que j’en avais déjà construit une.