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PARTIE 2 – La femme au manteau gris anthracite

Je suis restée assise dans le noir de ma chambre d’hôtel, le téléphone serré contre ma poitrine, le cœur battant si fort que j’avais l’impression qu’il allait briser mes côtes.

Sur l’écran, l’image de ma propre maison me regardait en retour.

Deux voitures de police garées devant la porte.

Des lumières bleues qui tournaient lentement dans la nuit.

Et elle, debout, immobile, droite comme une lame, dans son manteau gris anthracite.

Je ne la connaissais pas.

Je n’avais appelé personne pour la maison.

Pourtant, quelqu’un l’avait fait.

Le message vocal de Daniel tournait encore dans ma tête.

Sa voix, d’habitude si sûre, si autoritaire, s’était brisée en sanglots.

« S’il te plaît, décroche. Maman hurle. Il y a des gens à la maison. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe ici. »

Derrière lui, Lorraine gémissait, puis criait, puis suppliait.

Et ensuite, cette voix calme, presque douce, mais d’une fermeté absolue : « Monsieur, avant de poursuivre cette perquisition, nous devons parler au propriétaire légal de la propriété. »

Le propriétaire légal.

Moi.

Pendant six ans, Daniel avait parlé de « sa » maison, de « son » entreprise, de « sa » femme, comme si tout lui appartenait.

Cette nuit-là, pour la première fois, un étranger prononçait la vérité à voix haute, devant lui.

Je n’ai pas rappelé Daniel.

Je n’ai pas répondu à ses vingt-sept appels manqués.

J’ai ouvert l’application de sécurité et j’ai regardé, en direct, les policiers entrer dans mon salon.

Lorraine était en peignoir, mon peignoir, les cheveux en bataille, le visage rouge.

Daniel, en pantalon de survêtement, gesticulait, expliquait, mentait déjà.

« C’est ma maison ! C’est ma femme qui est partie comme une folle ! Elle a volé des documents de mon entreprise ! »

La femme en manteau gris ne l’a même pas regardé.

Elle a sorti un dossier de son sac, l’a ouvert, et lui a montré une page.

Je n’ai pas pu lire ce qui était écrit, mais j’ai vu le visage de Daniel changer.

Le sang a quitté ses joues.

Ses mains, si fortes quelques heures plus tôt autour de mon poignet, se sont mises à trembler.

À 3 h 04 du matin, mon téléphone a vibré.

Un numéro inconnu.

J’ai failli ne pas répondre.

Puis j’ai pensé au dossier rouge, posé à côté de moi sur le lit de l’hôtel, et j’ai décroché.

« Madame, bonjour, je suis le capitaine Léa Moreau, brigade financière et violences intrafamiliales », a dit la voix calme de la vidéo.

« Je suis devant votre maison. Pouvez-vous venir demain matin à 9 heures, avec un avocat si vous le souhaitez ? Vous n’êtes en danger immédiat, mais nous avons besoin de votre témoignage. Et ne vous inquiétez pas : personne n’entrera plus chez vous sans votre autorisation. »

J’ai demandé, la gorge serrée : « Mais qui vous a appelée ? »

Un silence.

Puis elle a répondu : « Votre système d’alarme a déclenché une alerte automatique hier matin. Mais ce n’est pas tout. Nous enquêtions déjà sur votre mari depuis trois mois. »

Trois mois.

Mon cœur s’est arrêté.

« Un ancien comptable de son entreprise nous a signalé des mouvements suspects », a-t-elle poursuivi.

« Des factures fictives. Des virements vers des comptes personnels. Des sommes importantes qui disparaissaient chaque trimestre. Nous attendions simplement le bon moment pour perquisitionner. Votre alarme nous l’a donné. »

Je n’avais donc pas été seule, même quand je me croyais seule.

Quelqu’un d’autre, quelque part, avait vu ce que Daniel faisait et avait eu le courage de parler.

Je n’ai pas dormi le reste de la nuit.

Je suis restée éveillée à regarder le plafond, le poignet bandé, le dossier rouge contre moi comme un bouclier.

À 6 heures, j’ai pris une douche brûlante, comme pour effacer la nuit.

À 7 heures, j’ai appelé Maître Hélène Roche, l’avocate dont le numéro était dans mon téléphone depuis deux ans, depuis le jour où, après la deuxième gifle, j’avais osé prendre rendez-vous puis annuler par peur.

Cette fois, je n’ai pas annulé.

« Venez à 9 heures », m’a-t-elle dit, après avoir écouté mon histoire sans m’interrompre une seule fois.

« Apportez le dossier. Apportez vos photos. Apportez vos rapports médicaux. Et surtout, n’ayez plus peur de dire la vérité en entier. »

Quand je suis arrivée devant ma maison à 9 heures, escortée par deux policiers, Daniel et Lorraine étaient assis dans le salon, sous surveillance.

Lorraine s’est levée d’un bond.

« C’est elle ! C’est elle qui a tout inventé ! Elle est jalouse, elle est instable, elle veut détruire son propre mari ! »

Le capitaine Moreau a levé une main.