Cette phrase fut l’une des plus difficiles à supporter.

Bien sûr qu’il avait l’air gentil.

Il n’avait jamais tordu le poignet de Camille devant ses clients.

Il ne l’avait jamais poussée contre une porte pendant un dîner entre amis.

Il savait exactement quand redevenir charmant.

Quelques mois plus tard, face à l’accumulation des preuves, Julien finit par reconnaître plusieurs faits dans le cadre de la procédure. Les violences, les menaces et la violation de l’interdiction de contact entraînèrent une condamnation assortie notamment de mesures d’éloignement et d’un suivi obligatoire.

Les investigations financières eurent également des conséquences sur les manœuvres entreprises autour du financement de son entreprise.

Mireille dut, elle aussi, répondre de son implication dans les documents transmis et restituer une partie des sommes détournées.

Camille demanda le divorce.

Elle conserva sa maison.

Une partie de l’argent sorti du compte commun fut récupérée.

Puis elle changea chaque serrure.

La première nuit où elle dormit seule dans la maison, elle plaça pourtant une chaise sous la poignée de sa chambre.

La seconde nuit aussi.

La troisième semaine, elle oublia de le faire.

Ce fut seulement au matin qu’elle s’en aperçut.

Elle resta longtemps assise sur son lit.

Elle venait de dormir 7 heures sans barricader une porte.

Presque 1 an après le dîner des 12 minutes de retard, Claire Renaud vint prendre un café chez elle.

La cuisine avait changé.

Camille avait vendu l’ancienne table.

Elle ne voulait plus de la chaise sur laquelle Mireille était restée assise pendant que son fils lui tordait le poignet.

Les murs avaient été repeints.

Les rideaux remplacés.

Sur le rebord de la fenêtre se trouvaient plusieurs pots d’herbes aromatiques.

Le soleil de fin d’après-midi traversait la pièce.

Le poignet de Camille avait complètement guéri, même s’il lui arrivait encore de ressentir une légère raideur lorsqu’il faisait froid.

Claire observa le four.

— Vous préparez quelque chose ?

Camille jeta un œil à l’horloge.

Le plat aurait dû être prêt depuis presque 20 minutes.

Claire sourit.

— Le dîner est en retard ?

Camille regarda l’heure.

Puis elle éclata de rire.

— Oui.

Claire rit avec elle.

Personne ne frappa la table.

Personne ne lui demanda de s’excuser.

Personne ne lui attrapa le bras.

Camille sortit tranquillement le plat du four et le posa sur le plan de travail.

Il était même légèrement trop cuit.

Elle ouvrit ensuite les fenêtres.

L’air du soir entra dans la maison, soulevant doucement les rideaux neufs.

Pendant longtemps, Camille avait imaginé que sa victoire serait le jour où Julien aurait peur à son tour.

Elle s’était trompée.

Sa véritable victoire était beaucoup plus simple.

C’était un dîner en retard.

Une fenêtre ouverte.

Une maison silencieuse.

Et la certitude qu’elle n’aurait plus jamais à avoir peur chez elle.