Le lendemain matin, Clara trouva Victoire dans la cuisine.
La fiancée d’Étienne était assise à la table, parfaitement coiffée, un café intact devant elle.
— Vous avez joué du violon hier soir.
Clara s’immobilisa.
— Oui, madame.
— Je vous avais pourtant demandé de ne pas faire de bruit dans les pièces de réception.
— Je suis désolée.
Victoire sourit.
— Vous devriez surtout comprendre votre place.
Clara baissa les yeux.
— Je comprends.
— Vraiment ?
Victoire se leva.
— Parce que depuis que vous êtes arrivée, Camille vous suit partout. Elle vous écoute. Elle vous regarde comme si vous étiez sa mère.
Clara ne répondit pas.
— Et maintenant elle parle.
La voix de Victoire devint plus froide.
— Vous imaginez ce que cela peut faire à une maison comme celle-ci ?
Clara releva les yeux.
— Je ne comprends pas.
— Les gens vont commencer à se demander pourquoi les médecins n’ont pas réussi et pourquoi une femme de ménage, sans diplôme médical, y est arrivée.
— Je n’ai rien fait de mal.
— C’est précisément ce qui est dangereux.
Victoire prit son sac.
— Les personnes comme vous deviennent très vite indispensables avant de devenir très difficiles à faire partir.
Elle quitta la pièce.
Clara resta seule.
Elle aurait dû comprendre.
Mais elle ne pouvait pas imaginer jusqu’où Victoire était prête à aller.
Deux jours plus tard, un bracelet en diamants disparut.
Il appartenait à la mère de Camille.
Étienne le gardait dans un petit coffret depuis l’accident.
Le bracelet avait une valeur sentimentale bien plus grande que sa valeur financière.
La maison fut fouillée.
Les chambres du personnel furent inspectées.
Puis le majordome entra dans la buanderie.
— Monsieur Delorme, nous l’avons trouvé.
Étienne arriva.
Sur une étagère, derrière des serviettes, se trouvait le bracelet.
Dans le sac de Clara.
Elle devint blanche.
— Ce n’est pas à moi.
Victoire était derrière Étienne.
Elle soupira.
— Clara…
— Je vous jure que je ne l’ai pas pris.
— Personne ne vous accuse encore, dit Étienne.
Mais son visage avait changé.
Clara regarda l’homme qu’elle avait vu pleurer lorsque Camille avait prononcé son premier mot.
— Monsieur Delorme, je n’ai jamais volé quoi que ce soit ici.
Victoire croisa les bras.
— Peut-être avez-vous simplement perdu le contrôle.
Clara se tourna vers elle.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Vous êtes sous pression. Votre père est malade. Vous avez des problèmes d’argent. Ce genre de situation pousse parfois les gens à faire des choses qu’ils regrettent.
Clara sentit une brûlure dans la poitrine.
— Vous saviez pour mon père ?
Victoire sourit.
— Je sais beaucoup de choses.
Étienne regarda Clara.
— Attendez dans votre chambre.
Elle partit sans répondre.
Mais au bout du couloir, une petite silhouette était apparue.
Camille.
Elle tenait son lapin contre elle.
Elle regardait son père.
Puis Clara.
Puis le bracelet.
Camille ouvrit la bouche.
Aucun son ne sortit.
Victoire sourit presque imperceptiblement.
Elle avait gagné.
Du moins, le croyait-elle.
Le soir, Étienne entra dans la chambre de sa fille.
Camille était assise sur son lit.
— Ma chérie…
Elle ne le regarda pas.
— Clara ne va pas partir tout de suite.
Camille serra son lapin.
Étienne s’assit près d’elle.
— Tu sais quelque chose ?
Camille resta silencieuse.
— Quelqu’un a mis le bracelet dans son sac.
Elle leva brusquement les yeux.
Étienne continua :
— Je vais découvrir qui.
Camille ouvrit la bouche.
— Cla…
Le son mourut.
Étienne lui prit la main.
— Tu peux me le dire.
Mais elle n’y arriva pas.
Il quitta la chambre avec le sentiment d’avoir échoué une nouvelle fois.
Dans le couloir, Victoire l’attendait.
— Il faut la renvoyer.
Étienne la regarda.
— Je n’ai aucune preuve.
— Le bracelet était dans ses affaires.
— Ça ne suffit pas.
Victoire soupira.
— Étienne, tu ne peux pas sacrifier notre mariage pour une employée.
Il ne répondit pas.
Elle ajouta :
— Et puis pense à Camille. Elle a besoin d’un environnement stable.
Étienne se retourna.
— Depuis quand tu sais ce dont ma fille a besoin ?
Victoire se figea.
C’était la première fois qu’il lui parlait ainsi.
Cette nuit-là, Étienne ne dormit pas.
Il regarda les images des caméras de sécurité.
La cuisine.
Le couloir.
La buanderie.
La chambre de Clara.
Rien.
Puis il demanda à son responsable sécurité de vérifier les images sauvegardées automatiquement.
Une heure plus tard, il reçut un message.
« Venez dans mon bureau. Seul. »
Étienne descendit.
Le responsable sécurité lui montra une vidéo.
Victoire entrait dans la buanderie.
Elle regardait autour d’elle.
Puis elle ouvrait le sac de Clara.
Étienne resta pétrifié.
— Depuis combien de temps avez-vous cette vidéo ?
— Depuis hier soir.
— Pourquoi ne pas me l’avoir donnée ?
— J’attendais de vérifier si d’autres éléments existaient.
Il y en avait.
Une deuxième vidéo.
Victoire prenait le bracelet dans le coffre.
Une troisième.
Elle le déposait dans le sac.
Étienne ferma les yeux.
Il sentit quelque chose se briser.
Pas seulement son projet de mariage.
La confiance qu’il avait accordée à une femme qu’il croyait aimer.
Mais le responsable sécurité ajouta :
— Monsieur, il y a autre chose.
Il ouvrit un dossier.
Des virements.
Des factures.
Des sociétés liées à la famille Beaumont.
— Nous avons découvert des paiements vers des sociétés de conseil contrôlées indirectement par Victoire.
Étienne fronça les sourcils.
— Depuis combien de temps ?
— Deux ans.
— Pourquoi ?
— Une partie des fonds venait de votre patrimoine personnel.
Étienne sentit la colère monter.
Mais il demanda calmement :
— Combien ?
Le responsable lui donna le montant.
Plusieurs millions d’euros.
Étienne resta silencieux.
Victoire n’était pas seulement en train de faire accuser Clara.
Elle préparait depuis longtemps son entrée dans la fortune Delorme.
Et le mariage lui aurait donné encore davantage de contrôle.
Il remonta immédiatement.
Victoire était dans le salon.
— Tu es encore réveillé ?
Étienne posa une tablette devant elle.