Inès rouvrit les yeux.

Le président du tribunal la regardait.

— Mademoiselle Benali, vous avez entendu les accusations. Souhaitez-vous répondre ?

Clara Morel posa doucement une main sur son dossier.

— Inès, c’est le moment.

La jeune femme resta silencieuse.

Le président répéta :

— Vous avez le droit de vous expliquer.

Inès baissa les yeux vers ses poignets.

— Je sais.

— Alors pourquoi ne dites-vous rien ?

Elle releva lentement la tête.

— Parce que si je parle maintenant, personne ne me croira.

Un murmure parcourut la salle.

La procureure esquissa un sourire.

— Voilà une affirmation bien commode.

Inès ne répondit pas.

Le président fronça les sourcils.

— Vous maintenez votre silence ?

— Oui.

— Très bien.

Il se tourna vers le greffier.

— Nous allons entendre les autres témoins.

La porte du tribunal s’ouvrit.

Une policière entra.

Elle déposa une chemise cartonnée sur le bureau du président.

— Monsieur le président, excusez-moi. Il y a un élément qui n’était pas dans le dossier initial.

La procureure se retourna brusquement.

— Quel élément ?

— Une clé USB remise ce matin au commissariat.

Le président tendit la main.

— Par qui ?

La policière hésita.

— Une commerçante âgée de Montreuil. Madame Jeanne Mercier.

Le nom provoqua une réaction immédiate chez Thomas.

Il se raidit.

Une fraction de seconde.

Mais Inès le vit.

Et pour la première fois depuis le début de l’audience, quelque chose ressemblant à de l’espoir passa dans ses yeux.

Le président demanda :

— Cette personne est-elle présente ?

La porte s’ouvrit de nouveau.

Une petite femme de soixante-dix-huit ans entra.

Elle avançait lentement avec une canne, un vieux manteau marron sur les épaules.

Ses cheveux blancs étaient attachés derrière sa nuque.

Elle s’arrêta devant la barre.

Et regarda Thomas.

Longtemps.

Puis elle se tourna vers Inès.

— Je suis désolée.

Inès ne bougea pas.

Jeanne s’approcha.

— Je suis désolée d’avoir attendu aussi longtemps.

Thomas se leva brusquement.

— Maman, qu’est-ce que tu fais ici ?

Le tribunal se figea.

La vieille femme le regarda.

— Je viens dire la vérité.

— Tu es malade. Tu ne sais plus ce que tu racontes.

— Je sais exactement ce que je raconte.

Le président intervint.

— Monsieur Leclerc, asseyez-vous.

Thomas obéit.

Jeanne respira profondément.

— La librairie n’a pas été détruite par Inès.

La procureure se leva.

— Madame Mercier, vous comprenez que cette déclaration contredit directement les éléments matériels de l’enquête ?

— Oui.

— Vous étiez absente le soir des faits.

— C’est justement pour cela que je n’ai pas parlé au début.

Le président la regarda.

— Expliquez-vous.

Jeanne posa sa main sur la barre.

— Mon fils m’a dit qu’Inès avait volé la caisse. Je l’ai cru.

Elle regarda Thomas.

— Parce que je suis sa mère.

Sa voix trembla.

— Mais trois jours après l’arrestation d’Inès, j’ai trouvé quelque chose dans mon arrière-boutique.

Elle sortit une petite enveloppe.

— Une clé.

La procureure fronça les sourcils.

— Une clé ?

— Celle de la caméra de surveillance.

Un silence lourd tomba sur la salle.

Thomas devint livide.

Jeanne continua :

— Notre système de vidéosurveillance avait une sauvegarde indépendante. Mon fils le savait. Il m’a dit que le disque dur était cassé. Mais ce n’était pas vrai.

Le président fit signe au greffier.

— Faites remettre la clé USB au tribunal.

La vidéo fut projetée.

Les premières images montraient la librairie à 21 h 14.

Inès rangeait des cartons.

Thomas entra.

Ils parlèrent.

Puis Thomas ouvrit la caisse.

Il prit plusieurs liasses de billets.

Il les glissa dans son propre sac.

Inès apparut derrière lui.

Elle semblait surprise.

Thomas se retourna.

Une dispute éclata.

Le son était faible, mais certains mots étaient compréhensibles.

« Tu ne peux pas faire ça. »

« Tu vas te taire. »

« Je vais prévenir Jeanne. »

Thomas s’approcha d’elle.

Puis il la poussa.

Inès recula.

Il saisit une chaise.

Et la lança contre une étagère.

Les livres tombèrent.

Puis il commença lui-même à renverser les présentoirs.

La salle du tribunal resta muette.

Sur l’écran, Thomas prit ensuite un marteau.

Il frappa la vitrine.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Puis il s’arrêta devant la caméra.

Il avait vu l’objectif.

Il le regarda.

Et sourit.

La vidéo s’arrêta.

Personne ne parla.

Le président se tourna lentement vers Thomas.

— Monsieur Leclerc, avez-vous une explication ?

Thomas ne répondit pas.

La procureure demanda immédiatement une suspension.

Mais Jeanne secoua la tête.

— Ce n’est pas tout.

Elle sortit une seconde feuille.

— J’ai aussi trouvé ceci.

Elle la tendit.

Le président la parcourut.

Son expression changea.

— Un contrat d’assurance.

Jeanne hocha la tête.

— Mon fils avait augmenté l’assurance du commerce trois semaines avant l’agression.

Clara Morel se leva.

— Monsieur le président, je demande que cette pièce soit versée au dossier.

— Elle le sera.

Thomas se mit à parler.

— Maman…

Jeanne le regarda avec des yeux pleins de tristesse.

— J’ai voulu te protéger toute ma vie.

Elle essuya une larme.

— Mais protéger son enfant ne signifie pas protéger ses mensonges.

Thomas s’effondra sur sa chaise.

La procureure demanda immédiatement une nouvelle enquête sur les faits.

Le président ordonna que la vidéo soit conservée et transmise au parquet.

Mais Inès n’avait toujours pas parlé.

Clara s’approcha d’elle.

— Tu peux maintenant.

Inès regarda l’écran noir.

Puis elle se tourna vers Jeanne.

— Pourquoi ?

La vieille femme ne comprit pas.

— Pourquoi avez-vous attendu ?

Jeanne baissa la tête.

— Parce que j’avais honte.

Inès secoua lentement la tête.

— Ce n’est pas vous qui devriez avoir honte.

Cette phrase fit pleurer Jeanne.

L’audience fut renvoyée.

Deux semaines plus tard, l’enquête avait complètement changé.

Les policiers découvrirent que Thomas avait contracté plusieurs crédits pour financer des dettes de jeu.

La destruction de la librairie avait été organisée pour obtenir l’argent de l’assurance.

Et Inès avait été choisie comme coupable idéale.

Une jeune femme sans famille connue.