TEIL 1

Der Schlag traf die weiße Küche wie ein Donnerschlag, und Camille Moreau musste sich am Arbeitsbrett festhalten, um nicht auf ihren im achten Monat schwangeren Bauch zu fallen.

In seinem nachtblauen Anzug wirkte Édouard Valmont wütender darüber, dass er sein Hemd zerknittert hatte, als darüber, seine Frau geschlagen zu haben. Die Erkerfenster ihrer Wohnung im 16. Arrondissement spiegelten Paris in der Ferne wider: die Lichter der Kais, die grauen Dächer, den in feinen Nebel gehüllten Eiffelturm. Alles wirkte elegant, still, beherrscht. Nur Camilles Mundwinkel war leicht geöffnet.

Das Baby bewegte sich plötzlich. Camille legte beide Hände auf ihren Bauch, als könnte sie mit ihren Handflächen eine Barriere bilden.

„Ohne mich bist du nichts“, knurrte Edward. „Verstehst du? Nichts. Ein verlorenes Mädchen, das ich aus ihrer lächerlichen kleinen Werkstatt gerettet habe.“

Camille blickte zu ihm auf. Vier Jahre lang hatte er diesen Satz in verschiedenen Variationen wiederholt. Beim Abendessen, vor seinen Geschäftspartnern. Bei Wohltätigkeitsessen, wo seine Mutter, Geneviève Valmont, ihn mit einem eisigen Lächeln „den glücklichen Dekorateur“ nannte. Bei Vernissagen, wenn seine Freunde über das Wunder witzelten, einen Mann wie Édouard geheiratet zu haben.

Eines war ihnen allen nicht bewusst.

Camille hatte das Geld der Valmonts nie gebraucht.

Doch sie hatte sich entschieden zu schweigen. Zuerst aus Stolz. Dann aus Liebe. Dann aus Angst.

„Du wirst morgen meinen Anwalt anrufen“, fuhr Edward fort. „Du wirst sagen, dass du es falsch verstanden hast. Dass du nervös warst. Dass diese ganze Trennungssache eine Schwangerschaftskrise ist.“

— Nicht.

Das Wort klang leise, fast sanft.

Edward grinste.

– Begnadigung ?

— Ich habe bereits meinen Anwalt angerufen.

Zorn huschte über sein Gesicht wie ein Schatten.

Er stützte sein Kinn zwischen die Finger. Camille nahm den Duft seines teuren Parfums wahr, das er früher vor Vorstandssitzungen und Mittagessen im Cercle trug. Früher hatte sie dieser Duft an ihre Anfänge erinnert, an die Cafés im Regen nahe Saint-Sulpice, an die Sonntage, die sie mit dem Kauf gebrauchter Bücher verbracht hatten. Jetzt trieb er ihr den Wunsch in die Flucht.

— Womit, glauben Sie, können Sie mich bedrohen? Mit Ihren kleinen Akten? Ihren Fotos? Ihren Aufnahmen?

Camille antwortete nicht.

Unter einem Tuch auf der Arbeitsfläche lief noch immer ein Handy, das Aufnahmen machte.

Depuis 6 semaines, elle préparait sa sortie. Certificats médicaux. Messages vocaux. Relevés de comptes. Témoignages de la gardienne. Copies des virements suspects vers des sociétés de conseil. Tout était chez Maître Salomé Berthier, dans un dossier que Camille avait nommé simplement : « partir ».

Mais les preuves ne protégeaient pas un ventre.

Édouard se pencha vers elle.

— Qui va venir te sauver, Camille ? Ton père absent ? Ta mère morte ? Tes rêves de fille indépendante ?

À cet instant, un son discret coupa l’air.

L’ascenseur privé venait de s’arrêter à l’étage.

Édouard pâlit.

— Personne n’a le code.

Les portes s’ouvrirent.

2 hommes en costume entrèrent d’abord. Puis un troisième, plus âgé, manteau sombre sur le bras, cheveux argentés, regard calme et terrible.

Camille oublia de respirer.

Antoine Moreau, fondateur du groupe Moreau Patrimoine, regarda la joue rouge de sa fille, sa lèvre blessée, son ventre rond.

Édouard recula d’un pas.

— Qui êtes-vous ?

Antoine retira lentement ses gants.

— L’homme dont tu viens de toucher la fille.

PARTIE 2

Édouard ricana, mais son rire mourut quand l’un des hommes tendit une tablette.

— Lisez, dit Antoine.

Édouard prit l’écran avec mépris. Puis ses doigts se figèrent.

Le groupe Valmont Promotion, ses immeubles, ses emprunts, même cet appartement qu’il montrait comme un trophée à tous ses invités, dépendaient d’une dette rachetée dans la matinée par Moreau Patrimoine. Une ligne, en bas du pacte d’actionnaires, autorisait le créancier majoritaire à prendre le contrôle en cas de dissimulation financière.

Édouard relut 2 fois.

— C’est impossible.

— Non, répondit Antoine. C’est signé.

Camille regardait son père sans comprendre tout à fait. Elle ne lui avait pas parlé depuis des mois. Leur relation ressemblait à une porte mal fermée depuis la mort de sa mère, Hélène. Antoine avait toujours voulu protéger en décidant. Camille avait toujours voulu respirer en fuyant.

Il s’approcha pourtant sans l’envahir.

— Tu peux marcher ?

Elle hocha la tête.

— Oui.

— Ton médecin est en bas. Maître Berthier aussi. Après, tu choisis où tu vas. Chez moi, à l’hôtel, chez une amie, n’importe où. Je suivrai tes instructions.

Ces 4 derniers mots firent trembler Camille plus que la gifle.

Édouard releva brusquement la tête.

— Camille, on va parler seuls.

Elle prit son manteau sur la chaise.

— Non.

— Tu es ma femme.

— Je suis surtout la mère de cet enfant. Et ce soir, je pars.

Dans l’ascenseur, Antoine ne toucha pas sa fille. Il resta à côté d’elle, les mains jointes, comme un homme qui comprenait enfin que sauver quelqu’un ne donnait pas le droit de le posséder.

Quand les portes se refermèrent, Camille vit le visage d’Édouard disparaître.

Pour la première fois, ce n’était pas elle qui avait peur.

PARTIE 3

Le médecin confirma que le bébé allait bien, même si Camille devait se reposer. Maître Salomé Berthier l’attendait ensuite dans un petit salon discret de l’immeuble voisin, avec 2 chemises cartonnées et une voix assez calme pour empêcher le monde de s’écrouler.

— On peut demander une ordonnance de protection dès demain, dit-elle. Mais rien ne vous oblige à décider tout ce soir.

— Je décide ce soir.

Antoine, debout près de la porte, fit un mouvement.

Camille le vit.

— Cette partie est privée, papa.

Pendant une seconde, l’ancien Antoine reparut : celui qui commandait des équipes entières, qui appelait 3 experts avant que sa fille ait fini une phrase, qui confondait aimer avec organiser. Puis il baissa les yeux.

— Bien sûr.

Il sortit.

Camille signa les premières pièces d’une main qui ne trembla qu’une fois.