Le silence qui s’installa dans la chambre d’hôpital après le départ de Damon était plus lourd que le poids des pansements sur l’épaule de Keisha.

Elle resta un long moment les yeux fixés sur la porte close, le pouls battant irrégulièrement au rythme du moniteur cardiaque.

Un empire valant des milliards.

Un frère mort dans un soi-disant accident industriel.

Un registre crypté qu’elle n’avait jamais vu de sa vie.

Tout cela semblait appartenir à un mauvais film de fiction, et pourtant, la cicatrice brûlante sur son épaule et la menace mortelle prononcée par le mafieux le plus craint de la ville étaient on ne peut plus réelles.

« C’est une folie… une pure folie », murmura-t-elle pour elle-même, en portant une main tremblante vers son front sueur.

Pendant ce temps, dans le bureau fortifié situé au dernier étage de l’hôpital, l’atmosphère était électrique.

Damon Cross se tenait debout devant un écran géant affichant les plans de la luxueuse résidence fortifiée d’Arthur Vance dans les beaux quartiers.

Ses subordonnés s’activaient autour des tables de contrôle, le cliquetis des claviers résonnant de manière frénétique.

« Boss, les équipes de reconnaissance confirment que Silas Reed a été exfiltré par un commando privé de Vance il y a tout juste vingt minutes », annonça le chef de la sécurité, le visage grave. « Ils l’ont emmené directement dans le manoir principal d’Arthur Vance sur les hauteurs de la colline. »

Damon plissa les yeux, une lueur meurtrière traversant son regard sombre.

« Ils pensent qu’en récupérant Silas, ils ont une longueur d’avance », dit Damon d’une voix basse et glaciale. « Ils ignorent encore à qui ils ont affaire. »

« Qu’ordonnez-vous, boss ? Devons-nous lancer un assaut frontal sur le domaine de Vance ? »

« Non », répondit instantanément Damon, un sourire calculateur se dessinant sur ses lèvres. « Un assaut frontal alertera toute la ville et la police fédérale. Nous allons jouer une partie d’échecs. Silas a trahi sa famille pour quelques millions de dollars et une fausse promesse de protection. Il est temps de lui rappeler ce qui arrive aux traîtres dans mon organisation. »

Il se tourna brusquement vers ses hommes, sa veste noire flottant derrière lui.

« Préparez deux véhicules banalisés. Et veillez à ce que personne, absolument personne, ne s’approche de la chambre de Keisha Monroe sans mon accord explicite. Si un seul cheveu de sa tête est touché, je veux que la sécurité de cet hôpital réponde de sa vie. »

« Compris, boss ! » choralisèrent les hommes en s’inclinant.

La nuit avançait lentement sur la ville endormie, mais au quartier général de la pègre et dans les couloirs feutrés des gratte-ciels corporatifs, la véritable guerre ne faisait que commencer.

À l’intérieur de sa chambre d’hôpital, Keisha luttait contre le sommeil.

L’anesthésie commençait à perdre de son effet, laissant place à une douleur lancinante qui irradiait depuis son épaule jusqu’à son cou.

Soudain, un léger déclic retentit au niveau de la poignée de la porte.

Keisha sursauta, retenant sa respiration.

La porte s’entr’ouvrit lentement, glissant sans un bruit sur ses gonds huilés.

Une silhouette encapuchonnée se glissa à l’intérieur, se fondant presque dans l’obscurité de la pièce.

Le cœur de Keisha se mit à battre à tout rompre.

Où étaient les gardes que Damon avait postés à l’extérieur ?

L’intrus s’avança à pas de loup vers le lit, une main glissée à l’intérieur de sa veste.

Une lueur argentée trahit la présence d’une lame ou d’un silencieux.

Keisha voulut crier, mais la peur noua sa gorge, bloquant tout son souffle.

Elle recula autant que possible, le dos pressé contre le oreillers, cherchant désespérément un bouton d’appel d’urgence qu’elle n’osait pas atteindre de peur de précipiter le geste fatal.

L’homme s’arrêta au pied du lit, inclinant la tête dans l’ombre.

« Bonsoir, Keisha », murmura une voix familière, douce et faussement rassurante.

Le sang de Keisha se glaça instantanément dans ses veines.

Elle reconnut cette voix.

C’était celle de Silas Reed.

Le tueur qui, quelques heures plus tôt, tenait le pistolet pointé sur Damon.

« Ne… ne bouge pas », parvint à articuler Keisha, sa voix tremblante mais empreinte d’une rage soudaine née de la terreur. « Qu’est-ce que tu me veux ? »

Silas esquissa un sourire narquois dans la penombre, s’approchant un peu plus près et posant une main gantée sur le rebord du lit.

« Tu n’aurais jamais dû bouger, petite. Tout était si simple. Une balle, un mort, et le contrat était rempli », dit Silas d’un ton presque mélodramatique. « Mais non, tu as fallu jouer les héroïnes de roman à l’eau de rose. Tu as gâché des semaines de préparation minutieuse. »