Elle ressemblait étrangement à celle dans laquelle je conservais nos documents bancaires.
Lorsque j’ai demandé à la voir, elle s’est offensée.
« Vous m’accusez de voler mon propre fils ? »
Je n’avais aucune preuve.
Alors j’ai reculé.
Mais ce soir-là, j’ai raconté la scène à Julien.
Pour la première fois, il a semblé véritablement préoccupé.
« Elle est entrée dans notre chambre ? »
« Oui. Et elle fouillait nos tiroirs. »
Il a promis de lui demander de respecter notre intimité.
Je voulais le croire.
Quelques jours plus tard, une nouvelle dispute a éclaté.
J’avais changé la disposition de notre salon.
Monique est entrée sans sonner, comme toujours.
Elle a regardé les nouveaux meubles.
« Qui t’a permis de déplacer ce canapé ? »
Je l’ai fixée.
” Pardon ? “
« Julien préférait l’ancienne disposition. »
« Julien et moi avons choisi ensemble. »
Elle a posé son sac sur la table.
« Tu ferais mieux d’apprendre à me consulter avant de transformer cette maison. »
J’ai senti ma patience s’épuiser.
« Madame, vous n’avez pas à approuver nos décisions. »
Elle s’est approchée.
« Je connais mon fils depuis trente-quatre ans. Toi, tu n’es arrivée que récemment. »
J’ai pris une profonde inspiration.
« Justement. Je suis son épouse. Nous devons pouvoir vivre ici sans être constamment surveillés. »
Son regard est devenu glacial.
« Fais attention à la manière dont tu me parles. »
Je n’ai pas répondu.
Mais j’avais pris une décision.
Nous devions récupérer ses clés.
Ce soir-là, j’ai eu une longue conversation avec Julien.
Je lui ai expliqué que je ne me sentais plus chez moi.
Je redoutais désormais de rentrer et de trouver sa mère dans une pièce.
Je ne pouvais plus laisser des documents sur mon bureau.
Je vérifiais les tiroirs avant de partir.
« Julien, je ne peux plus vivre comme ça. »
Il m’a écoutée en silence.
Puis il m’a pris la main.
« Tu as raison. »
J’ai relevé les yeux.
C’était la première fois qu’il le disait aussi clairement.
« J’aurais dû intervenir depuis longtemps », a-t-il poursuivi.
Il m’a promis de récupérer le double des clés dès le lendemain.
J’étais soulagée.
Mais Monique allait réagir bien plus violemment que nous ne l’imaginions.
Le lendemain après-midi, Monique est arrivée dans notre maison.
Elle portait un tailleur rouge bordeaux et ses bijoux habituels.
Julien était encore au garage.
Je l’ai accueillie dans le salon.
« Bonjour, Monique. Nous devons parler. »
Elle s’est installée dans le canapé.
« Si c’est encore pour critiquer mes visites, épargne-moi tes reproches. »
Je suis restée debout.
« Julien et moi avons décidé de récupérer le double de nos clés. »
Son sourire a disparu.
« Quoi ? »
« Nous souhaitons que vous nous préveniez avant de venir. »
Elle s’est levée brusquement.
« Tu as monté mon fils contre moi ! »
« Non. Nous avons pris cette décision ensemble. »
Elle s’est approchée.
« Cette maison ne t’appartient pas davantage qu’à lui ! »
« Elle nous appartient à tous les deux. »
Monique a pointé son doigt vers moi.
« Tu crois pouvoir m’interdire d’entrer chez mon propre fils ? »
« Je vous demande seulement de respecter notre intimité. »
C’est alors qu’elle a aperçu mon trousseau posé sur la console.
Elle l’a saisi.
J’ai tendu la main.
« Rendez-moi mes clés ! »
Elle s’est jetée sur moi.
Ses doigts ont agrippé mes cheveux.
La gifle est partie.
Puis elle m’a poussée contre le canapé.
Et au moment où elle criait qu’elle viendrait quand elle voudrait, Julien est entré.
Jamais je n’oublierai l’expression de mon mari.
Il a regardé mon visage rougi.
Puis les clés dans les mains de sa mère.
« Maman, qu’est-ce que tu viens de faire ? »
Monique a immédiatement changé de ton.
« Julien, mon chéri, ta femme me manque de respect depuis des semaines ! »
Il ne l’a pas laissée terminer.
« Je t’ai vue la frapper. »
Elle s’est figée.
« Elle m’a provoquée ! »
« Rien ne justifie ce que tu viens de faire. »
Julien a récupéré les clés.
Puis il a tendu la main.
« Ton double. Maintenant. »
Monique a reculé.
« Tu n’oserais pas. »
« Donne-le-moi. »
Elle a fini par sortir un trousseau de son sac et l’a jeté sur la table.
Julien a ouvert la porte.
« Tu dois partir. »
Elle l’a regardé avec stupéfaction.
« Tu choisis cette femme plutôt que ta propre mère ? »
« Je choisis de protéger mon épouse. »
Monique s’est tournée vers moi.
« Tu vas le regretter. »
Puis elle est sortie.
La porte s’est refermée.
Je pensais que tout était enfin terminé.
Mais ce n’était que le commencement.
Après son départ, Julien m’a aidée à m’asseoir.
Il m’a apporté de l’eau et a examiné ma joue.
« Je suis désolé, Claire. »
Je me suis mise à pleurer.
Pas uniquement à cause de la gifle.
Mais parce que j’avais supporté des mois d’humiliations avant qu’il comprenne la gravité de la situation.
« Pourquoi as-tu attendu si longtemps ? »
Il a baissé la tête.
« J’avais peur de lui faire du mal. »
« Et pendant ce temps, c’est moi qui souffrais. »
Il n’a rien répondu.
Puis il m’a serrée doucement contre lui.
« Ça ne se reproduira plus. Je vais faire changer les serrures. »
Cette phrase m’a soulagée.
Mais quelques heures plus tard, alors que nous vérifiions les fenêtres et les portes, Julien a découvert quelque chose d’étrange.
Dans un tiroir de son bureau, une chemise cartonnée avait disparu.
Elle contenait plusieurs documents concernant notre maison.
Nous avons fouillé les placards.
Rien.
Puis j’ai remarqué que certaines enveloppes bancaires avaient également été déplacées.
Je me suis souvenue de Monique dans notre chambre.
Et de cette enveloppe dépassant de son sac.
« Julien, je crois que ta mère a pris des documents. »
Son visage s’est assombri.