Je ne savais toujours pas pourquoi Camille connaissait mon raisonnement.
Mais j’avais maintenant quelque chose de concret à présenter.
Le vendredi suivant, je suis retournée dans la salle de mathématiques pour préparer mon rendez-vous avec le professeur.
La classe était presque vide.
Le soleil illuminait les bureaux en bois clair.
J’avais disposé mes cahiers devant moi.
C’est à ce moment que Camille et Léa sont entrées.
Camille a immédiatement reconnu la page ouverte.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? »
« Je prépare une demande de vérification de ma copie. »
Son sourire s’est effacé.
« Tu ne vas pas faire ça. »
« Pourquoi pas ? »
Elle s’est approchée.
« Parce que tu as déjà perdu. »
« Je ne conteste pas ta victoire sans raison. Je veux comprendre ma note. »
Camille a aperçu les photographies imprimées.
Son visage s’est durci.
« Donne-moi ces documents. »
« Non. »
Alors elle m’a giflée.
Et la confrontation a commencé.
Après avoir déchiré mes deux premiers cahiers, Camille a tenté de saisir le troisième.
Léa renversait mes feuilles pendant que j’essayais de récupérer mes affaires.
« NE TOUCHEZ PLUS À MES AFFAIRES ! »
Camille a agrippé une page remplie de formules.
Je l’ai reconnue immédiatement.
C’était ma démonstration originale.
Je l’ai retenue de toutes mes forces.
« CETTE FOIS, JE VAIS TOUT RACONTER ! »
Camille a tiré une dernière fois.
La page s’est déchirée.
Puis une voix a retenti derrière nous.
« QU’EST-CE QUI SE PASSE ICI ? »
Monsieur Laurent venait d’apparaître dans l’encadrement de la porte.
Camille a immédiatement reculé.
Léa a lâché les feuilles qu’elle tenait.
Le professeur a regardé mes cahiers détruits, puis mes lunettes de travers et mon visage rougi.
« Amara, tu es blessée ? »
« Camille m’a frappée, monsieur. Elles ont détruit mes affaires. »
Camille a protesté.
« C’EST ELLE QUI M’A GIFLÉE ! »
J’ai pris une inspiration.
« Je l’ai giflée après qu’elle m’a frappée et arraché mes cahiers. Je n’aurais pas dû répondre ainsi, mais je voulais qu’elle me laisse tranquille. »
Monsieur Laurent nous a immédiatement séparées.
Il a demandé à Camille et Léa de rester à distance pendant qu’il appelait la direction.
Puis il a fait venir une surveillante pour m’accompagner à l’infirmerie.
Pour la première fois depuis mon arrivée au lycée, j’avais le sentiment qu’un adulte prenait réellement la situation au sérieux.
Mais le plus important restait à découvrir.
Le lundi suivant, une réunion a été organisée avec la direction.
Ma mère était présente.
Camille et Léa avaient été entendues séparément.
Monsieur Laurent avait également conservé les cahiers déchirés.
Quand il a expliqué les raisons de notre dispute, le proviseur a demandé à examiner les documents du concours.
Je lui ai montré mes photographies et mes exercices originaux.
Le professeur a comparé ma démonstration avec celle que Camille avait utilisée.
Il a reconnu la notation particulière.
« C’est troublant », a-t-il admis.
Mais il a immédiatement précisé :
« Une ressemblance ne suffit pas à prouver une tricherie. »
J’ai acquiescé.
Je ne voulais pas qu’on accuse Camille sans preuve.
Je voulais seulement comprendre ce qui s’était passé.
Le proviseur a alors demandé comment les copies avaient été conservées avant le concours.
Monsieur Laurent a expliqué que les sujets définitifs étaient restés dans un dossier protégé.
En revanche, les exercices préparatoires avaient été consultables pendant plusieurs séances de révision.
C’est alors que Léa a demandé à parler seule à la direction.
Elle avait quelque chose à avouer.
Léa a raconté qu’une semaine avant le concours, Camille avait photographié plusieurs pages de mon cahier pendant que je participais à une réunion scolaire.
J’avais laissé mes affaires dans la salle d’étude, pensant les retrouver quelques minutes plus tard.
Léa avait été présente.
Elle n’avait rien dit.
« Camille m’a demandé de surveiller la porte », a-t-elle expliqué.
Puis elle a fondu en larmes.
« Je croyais qu’elle voulait seulement comparer ses exercices. »
Mais Camille avait ensuite reproduit certains raisonnements pendant ses révisions.
Léa avait compris que quelque chose n’allait pas lorsqu’elle avait vu mon travail apparaître dans la préparation de son amie.
Elle avait néanmoins gardé le silence.
« J’avais peur qu’elle se retourne contre moi », a-t-elle murmuré.
Son témoignage changeait la situation.
Il confirmait que Camille avait accédé à mes notes sans mon autorisation.
Mais une question demeurait.
Comment avait-elle pu utiliser ma méthode lors d’une épreuve surveillée sans avoir accès à la question exacte ?
La réponse est venue de l’examen des documents de préparation.
Plusieurs problèmes proposés pendant les séances de révision étaient très proches des questions finalement retenues pour le concours.
Ce n’était pas interdit.
Tous les candidats avaient eu accès aux mêmes thèmes.
Mais Camille avait utilisé mes démonstrations pour préparer ses réponses sans jamais reconnaître leur origine.
Et surtout, elle avait détruit mes cahiers lorsqu’elle avait appris que je demandais une vérification.
La direction devait maintenant déterminer si cette conduite avait influencé le classement et si les règles du concours avaient été respectées.
Une commission de réexamen a été réunie.
Les copies ont été corrigées à nouveau par deux enseignants n’ayant pas participé à la première notation.
La vérification a confirmé que ma démonstration de géométrie était correcte.
Plusieurs étapes considérées initialement comme insuffisantes étaient pourtant clairement justifiées.
Ma note a été augmentée.
Les correcteurs ont également réexaminé le travail de Camille.
Ils ont conclu que ses réponses ne justifiaient pas certaines des notes qui lui avaient été attribuées.
Avec le nouveau barème appliqué uniformément, le classement a changé.
J’étais désormais première.
Camille était deuxième.
Quand Monsieur Laurent me l’a annoncé, je suis restée silencieuse.
Je m’attendais à ressentir une joie immense.
Mais je pensais surtout à mes cahiers déchirés.
À cette gifle.
Aux mois pendant lesquels Camille avait essayé de me persuader que ma place au lycée était une erreur.
« Amara », m’a dit mon professeur, « tu as obtenu ce classement grâce à ton travail. »
Mes yeux se sont remplis de larmes.