Antoine accepta.

Ils préparèrent eux-mêmes une partie du repas.

Maxime choisit le menu.

Hugo s’occupa de la musique.

Martine prépara un dessert que Sophie avait autrefois l’habitude de faire.

Lorsque les invités arrivèrent, Antoine les accueillit personnellement.

Il ne fit aucun discours grandiose.

Il attendit que tout le monde soit assis.

Puis il se leva.

— Je veux dire quelque chose avant que nous commencions.

Les conversations cessèrent.

Antoine regarda les personnes réunies autour de la table.

— Il y a quelques semaines, j’ai pris une décision injuste. J’ai accusé Léa Morel d’avoir volé un bijou sans avoir vérifié les faits. Je l’ai renvoyée devant vous tous et j’ai ignoré les protestations de mes fils.

Il inspira profondément.

— Les images et les éléments recueillis ont montré que mes accusations ne reposaient pas sur une base fiable. J’ai reconnu mon erreur et je coopère pour que les faits soient établis.

Il marqua une pause.

— Mais je veux aussi reconnaître quelque chose d’autre. Plusieurs d’entre vous savaient que Léa faisait du bien à Maxime et Hugo. Certains ont vu les progrès des garçons. Certains ont entendu les remarques qui lui étaient adressées. Et pourtant, nous avons tous laissé le silence s’installer.

Martine baissa les yeux.

Antoine ne l’accusa pas.

Il poursuivit :

— Je ne dis pas cela pour que chacun se sente coupable. Je le dis parce que cette maison doit changer. À partir d’aujourd’hui, aucune personne qui travaille ici ne sera considérée comme moins digne d’être écoutée en raison de son poste, de son salaire ou de son origine sociale.

Il regarda ses fils.

— Et aucune décision concernant Maxime et Hugo ne sera prise sans leur participation.

Maxime hocha la tête.

Hugo ajouta :

— On compte bien y veiller.

Un rire discret parcourut la table.

Antoine sourit.

Puis il termina :

— Je ne peux pas effacer ce qui s’est passé. Mais je peux m’assurer que nous n’oublions pas la leçon.

Il se rassit.

Martine essuya ses yeux.

L’un des employés prit la parole.

— Monsieur, je crois que Léa aurait aimé entendre ça.

Antoine baissa la tête.

— Moi aussi.

PARTIE 7 — LE DERNIER SECRET DE SOPHIE

Alors que la vie de la villa commençait à retrouver un certain équilibre, Martine découvrit un petit paquet dans une armoire du bureau de Sophie.

Il était enveloppé dans un tissu beige.

Son nom était écrit sur une étiquette.

Antoine reconnut immédiatement l’écriture de sa femme.

Il sentit son cœur se serrer.

— Où avez-vous trouvé cela ? demanda-t-il.

— Au fond de l’armoire, monsieur. Je cherchais des documents pour l’inventaire.

Il prit le paquet avec précaution.

Sophie avait laissé beaucoup de choses derrière elle.

Des lettres.

Des photographies.

Des carnets.

Mais Antoine avait rarement eu le courage de les ouvrir.

Cette fois, il s’assit à son bureau et défit le tissu.

À l’intérieur se trouvait une petite boîte en bois contenant plusieurs lettres et une photographie de Maxime et Hugo lorsqu’ils étaient enfants.

Sur la photographie, les deux garçons couraient dans le jardin.

Sophie se tenait derrière eux, les bras ouverts.

Au dos, elle avait écrit :

Ils n’ont pas besoin que nous leur promettions une vie sans chutes. Ils ont besoin de savoir que nous serons là lorsqu’ils tomberont.

Antoine sentit les larmes lui monter aux yeux.

Il prit la première lettre.

Elle était adressée à lui.

Mon Antoine,

Si tu lis cette lettre, c’est probablement que tu as enfin trouvé le temps d’ouvrir cette boîte.

Je te connais. Tu vas peut-être sourire en disant que je dramatise tout.

Mais je veux que tu te souviennes d’une chose : notre famille n’a jamais été forte parce que nous avions de l’argent. Elle était forte parce que nous savions nous parler.

Je sais que tu travailles dur pour nous offrir le meilleur. Je sais que tu veux protéger les garçons de toutes les difficultés possibles.

Mais tu ne peux pas construire leur vie à leur place.

Ils vont échouer. Ils vont avoir peur. Ils vont faire des choix que tu ne comprendras pas toujours.

Et tu auras parfois envie de tout résoudre pour eux.

Essaie de résister.

Écoute-les avant de leur donner une solution.

Demande-leur ce qu’ils veulent avant de décider ce qui est bon pour eux.

Et n’oublie jamais que l’amour n’est pas une récompense que l’on donne quand quelqu’un réussit.

L’amour est ce qui doit rester quand tout le reste devient difficile.

Je t’aime.

Sophie.

Antoine posa la lettre.

Il pleurait silencieusement.

Il avait passé quatorze mois à se punir pour l’accident.

Il avait cru que sa culpabilité prouvait son amour.

Il avait pensé qu’en travaillant davantage, en dépensant davantage et en parlant moins, il pourrait protéger ses fils de la douleur.

Mais il avait confondu la protection avec l’absence.

Il prit une deuxième lettre.

Cette fois, elle était adressée à Maxime et Hugo.

Il appela ses fils.

Ils arrivèrent quelques minutes plus tard.

Antoine leur montra la boîte.

— J’ai trouvé quelque chose de votre mère.

Hugo s’approcha.

— Quoi ?

— Une lettre.

Maxime prit la photographie.

Son visage changea.

— Je me souviens de cette journée.

— Moi aussi, murmura Hugo.

Antoine leur tendit la lettre.

Ils la lurent ensemble.

Le texte était court.

S’il vous arrive un jour de penser que votre vie ne vaut plus rien parce qu’elle ne ressemble pas à ce que vous aviez imaginé, regardez autour de vous.

Il y aura toujours quelque chose à découvrir, quelqu’un à aimer, une chose à apprendre ou un rêve à transformer.

Vous n’avez pas besoin de devenir les garçons que vous étiez avant pour mériter d’être heureux.

Vous avez le droit de devenir d’autres personnes.

Et vous aurez toujours le droit de recommencer.

Maman.

Hugo plaqua la lettre contre sa poitrine.

Maxime essuya ses yeux.

Antoine resta près d’eux sans parler.

Il aurait voulu que Sophie soit là.

Il aurait voulu lui raconter ce qui s’était passé.

Il aurait voulu lui demander comment elle aurait géré la situation avec Claire.