Il ne reconnaissait plus la femme qu’il avait connue.

Ou peut-être était-ce la première fois qu’il acceptait de la voir réellement.

— Tu as deux minutes pour me dire la vérité, Claire.

Elle eut un rire nerveux.

— Sinon quoi ? Tu vas appeler la police contre ta sœur ?

— Si nécessaire, oui.

Le visage de Claire se décomposa.

— Tu ne ferais pas ça.

— Je viens de renvoyer une innocente. Je ne commettrai pas une deuxième erreur pour te protéger.

Elle le fixa avec une haine qu’elle ne parvenait plus à dissimuler.

— Tu es devenu faible, Antoine.

— Peut-être.

Il désigna l’ordinateur.

— Mais je ne suis plus aveugle.

Claire attrapa son sac.

— Je ne resterai pas ici pour subir cette humiliation.

— Personne ne te retient.

Elle se dirigea vers la porte.

Mais avant de sortir, elle se retourna.

— Tu crois vraiment que cette fille s’intéresse à tes garçons ? Tu crois qu’elle fait tout ça gratuitement ? Les gens comme elle ne restent jamais dans les maisons comme la tienne sans attendre quelque chose.

Antoine sentit sa colère monter.

— Les gens comme elle ?

— Oui. Les filles sans argent, sans relations, sans famille influente. Elles trouvent un homme riche, gagnent la confiance de ses enfants et finissent par réclamer leur part.

— Tu parles de Léa comme si tu la connaissais.

— Je connais la nature humaine.

— Non, Claire. Tu connais la cupidité. Et tu crois que tout le monde lui ressemble.

Sa sœur resta pétrifiée.

Puis elle sortit en claquant la porte.

Antoine demeura seul dans le salon.

Il regarda le collier en saphir.

Ce bijou avait appartenu à Sophie.

Il aurait dû représenter un souvenir précieux.

Il était devenu l’instrument d’une trahison.

Antoine prit son téléphone et appela son avocat.

— Maître Laurent ? C’est Antoine Delmas. J’ai besoin de vous immédiatement.

Il écouta la réponse.

— Non, ce n’est pas une affaire immobilière.

Il marqua une pause.

— Il s’agit d’une accusation de vol, de vidéosurveillance et d’une personne que j’ai injustement renvoyée.

Il regarda l’escalier.

— Et je crois que ma sœur est impliquée.

Léa, pendant ce temps, marchait dans une rue de Neuilly-sur-Seine avec son sac posé sur l’épaule.

Elle n’avait pas de voiture.

Elle n’avait pas d’argent pour prendre un taxi.

Elle avait quitté la villa avec les quelques vêtements qu’elle avait pu ranger dans son sac et son carnet de notes.

Le ciel était gris.

Les voitures passaient dans un bruit continu.

Elle avançait sans vraiment regarder où elle allait.

Elle avait tenu bon devant Antoine.

Elle n’avait pas pleuré devant Claire.

Elle avait refusé de supplier pour conserver son emploi.

Mais maintenant qu’elle était seule, ses jambes tremblaient.

Elle s’arrêta devant une vitrine fermée et posa son sac au sol.

Puis elle sortit son téléphone.

Trois appels manqués de Martine.

Un message de Maxime.

Un message de Hugo.

Elle ouvrit celui de Maxime.

Léa, on sait que tu n’as rien fait. Papa regarde les caméras. S’il te plaît, réponds-nous.

Elle ferma les yeux.

Des larmes roulèrent enfin sur ses joues.

Elle écrivit une réponse.

Je suis désolée. Je ne voulais pas que vous soyez mêlés à cette histoire.

Puis elle effaça le message.

Elle recommença.

Prenez soin de vous. N’abandonnez pas vos exercices. Vous êtes plus forts que vous ne le pensez.

Elle envoya ces mots aux deux frères.

Quelques secondes plus tard, son téléphone sonna.

C’était Hugo.

Elle hésita avant de décrocher.

— Allô ?

— Léa !

La voix du jeune homme tremblait.

— Où es-tu ?

— Ça va, Hugo.

— Non, ça ne va pas ! Tu es partie à cause de nous !

— Non. Je suis partie parce que ton père a pris une décision.

— Et il va la réparer !

Léa s’appuya contre le mur.

— Hugo, écoute-moi. Je sais que vous êtes en colère. Mais ne vous disputez pas avec votre père à cause de moi.

— Ce n’est pas à cause de toi qu’on est en colère.

Il inspira difficilement.

— C’est parce qu’il t’a fait exactement ce qu’il nous fait depuis quatorze mois.

Léa ne répondit pas.

— Il a décidé sans nous écouter, poursuivit Hugo. Il a cru que son argent lui donnait le droit de choisir ce qui était vrai.

La jeune femme serra son téléphone.

— Tu ne devrais pas porter tout ça sur tes épaules.

— Et toi, tu ne devrais pas avoir à partir alors que tu n’as rien fait.

Sa voix se brisa.

— S’il te plaît, reviens.

Léa ferma les yeux.

Elle aurait voulu lui dire oui.

Elle aurait voulu retrouver le salon, entendre Maxime plaisanter et voir Hugo sourire après un exercice réussi.

Mais elle revit le visage d’Antoine.

Elle entendit à nouveau ces mots.

Prends tes affaires.

— Je ne peux pas revenir maintenant, murmura-t-elle.

— Pourquoi ?

— Parce que la confiance ne revient pas simplement parce qu’on découvre qu’on s’est trompé.

Un silence s’installa.

— Je comprends, dit enfin Hugo.

Il ne comprenait peut-être pas complètement.

Mais il essayait.

Et c’était déjà beaucoup.

— Promets-moi quelque chose, Léa.

— Quoi ?

— Ne nous oublie pas.

La jeune femme plaqua une main contre sa bouche.

— Je ne vous oublierai jamais.

Elle raccrocha avant de perdre complètement le contrôle.

Puis elle reprit son sac et continua de marcher.

Elle ne savait pas où elle dormirait ce soir-là.

Elle ne savait pas si elle retrouverait du travail rapidement.

Mais elle savait une chose.

Elle ne laisserait personne lui faire croire qu’elle avait eu tort de prendre soin de deux adolescents qui souffraient.

Une heure plus tard, Antoine arriva devant le petit immeuble où Léa avait indiqué son adresse lors de son embauche.

Il était accompagné de son chauffeur.

Son avocat, Maître Laurent, devait le rejoindre à la villa après avoir étudié les premières images.

Antoine monta les escaliers quatre à quatre.

Il frappa à la porte.

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