Mais il savait qu’il ne pourrait jamais obtenir toutes les réponses.

Il devait désormais apprendre à faire les bons choix sans attendre qu’une autre personne lui dise quoi faire.

Hugo releva la tête.

— Tu crois que maman aurait aimé Léa ?

Antoine regarda la lettre.

Puis il sourit tristement.

— Je crois qu’elle aurait beaucoup aimé la façon dont Léa vous a aidés à retrouver votre propre chemin.

Maxime hocha la tête.

— Alors, on devrait lui montrer cette lettre.

Antoine acquiesça.

— Si elle le souhaite.

Il avait enfin compris que même une belle intention ne lui donnait pas le droit de décider pour les autres.

PARTIE 8 — LE CHOIX DE LÉA

Trois mois s’étaient écoulés depuis l’accusation.

Léa travaillait désormais à temps partiel dans l’association qui avait accueilli Maxime et Hugo.

Elle suivait une formation complémentaire et avait trouvé un petit appartement près de son lieu de travail.

Elle n’était pas devenue riche.

Elle n’avait pas soudainement obtenu une vie parfaite.

Mais elle avait retrouvé quelque chose de précieux : la possibilité de décider de son avenir sans craindre qu’une personne influente puisse détruire sa réputation sur un simple soupçon.

Elle avait continué à appeler Maxime et Hugo.

Ils lui racontaient leurs projets.

Ils lui envoyaient leurs photographies et leurs compositions.

Ils lui parlaient aussi de leurs mauvais jours.

Léa ne prétendait pas pouvoir les sauver de toutes les difficultés.

Elle les écoutait.

Elle leur rappelait qu’un échec ne signifiait pas la fin du chemin.

Et, peu à peu, leur relation avait trouvé un nouvel équilibre.

Un samedi matin, Maxime lui envoya un message.

Nous organisons une petite journée pour présenter nos projets. On aimerait beaucoup que tu viennes.

Hugo ajouta :

Papa promet de ne pas faire de discours interminable.

Puis un troisième message apparut.

Et Martine prépare son gâteau. C’est une raison suffisante pour venir.

Léa sourit.

Elle hésita pendant plusieurs minutes.

Elle n’avait pas envie de revoir la villa.

Elle n’avait pas envie de croiser Claire.

Elle ne savait pas si elle était prête à revoir Antoine dans cet endroit où elle avait été humiliée.

Mais elle voulait voir les garçons.

Elle répondit finalement :

Je viendrai pour vous. Mais je ne promets rien d’autre.

Maxime répondit immédiatement :

On ne te demande rien d’autre.

Le jour de la rencontre, Léa arriva à la villa en fin de matinée.

Elle portait une robe simple et une veste claire.

Elle avait apporté un petit cadeau pour les garçons : un carnet de photographie pour Maxime et un carnet de composition pour Hugo.

Martine ouvrit la porte.

Lorsqu’elle aperçut Léa, ses yeux se remplirent de larmes.

— Tu es revenue.

Léa sourit doucement.

— Pour quelques heures.

Martine la prit dans ses bras.

— Je suis désolée de ne pas avoir parlé plus tôt.

Léa la serra contre elle.

— Je sais que ce n’était pas facile.

— J’aurais dû faire davantage.

— Peut-être. Mais vous pouvez faire autrement maintenant.

Martine acquiesça.

Puis elle la conduisit vers le salon.

Maxime et Hugo l’attendaient près de la fenêtre.

Lorsqu’ils la virent, ils se dirigèrent vers elle aussi vite que le leur permettaient leurs fauteuils.

— Léa !

Elle s’accroupit devant eux.

Ils la prirent dans leurs bras.

Pendant quelques secondes, aucun d’eux ne parla.

Puis Maxime recula et la regarda.

— Tu as changé de coupe.

Léa éclata de rire.

— C’est la première chose que tu trouves à dire ?

— Je suis photographe. J’observe les détails.

Hugo secoua la tête.

— Il a surtout préparé cette phrase depuis trois jours.

Les rires remplirent la pièce.

Antoine se tenait près de l’entrée.

Il n’interrompit pas les retrouvailles.

Il attendit que Léa le remarque.

Lorsqu’elle tourna enfin la tête, il s’avança lentement.

— Bonjour, Léa.

— Bonjour, monsieur Delmas.

Il eut un petit sourire.

— Tu peux m’appeler Antoine si tu le souhaites.

— Je verrai.

Il accepta sa réponse.

— Merci d’être venue.

— Je suis venue pour les garçons.

— Je le sais.

Il ne chercha pas à transformer cette phrase en reproche.

Il ne lui demanda pas si elle avait pardonné.

Il ne lui demanda pas si elle reviendrait travailler ici.

Il lui indiqua simplement une chaise et lui proposa quelque chose à boire.

Léa accepta un verre d’eau.

C’était peu.

Mais c’était un début.

La présentation des projets commença après le déjeuner.

Maxime avait installé plusieurs photographies dans le grand salon.

Hugo avait préparé un petit espace pour faire écouter ses compositions.

Les employés de la villa étaient présents.

Quelques membres de l’association avaient également été invités.

Antoine avait demandé à chacun de laisser les garçons présenter leur travail à leur manière.

Maxime prit la parole en premier.

Il expliqua comment il avait appris à cadrer ses images, à utiliser la lumière et à raconter une histoire sans montrer directement les visages.

Il présenta une photographie de la porte de la chambre qu’il partageait avec son frère.

La lumière du soleil traversait le couloir.

Le titre était :

Le jour où quelqu’un a frappé.

Léa sentit son cœur se serrer.

Maxime expliqua :

— Pendant longtemps, j’ai pensé que notre vie s’était arrêtée le soir de l’accident. Puis quelqu’un a commencé à frapper à notre porte tous les matins pour nous demander ce qu’on voulait faire de la journée.

Il regarda Léa.

— Cette personne ne nous a pas promis que tout irait bien. Elle nous a simplement donné une raison d’essayer.

Léa baissa les yeux pour cacher ses larmes.

Puis ce fut au tour de Hugo.

Il fit écouter une composition qui commençait par quelques notes hésitantes avant de devenir plus lumineuse.

Il expliqua qu’il avait voulu raconter le passage entre la colère et l’espoir.

— Je ne crois pas que la douleur disparaisse complètement, dit-il. Mais je crois qu’on peut apprendre à vivre avec sans lui laisser décider de tout.

Il regarda son père.

— Et je crois qu’on peut aimer quelqu’un tout en lui disant qu’il nous a fait du mal.