Hugo se tourna vers lui.

— Elle t’a menti.

Antoine fixa l’écran.

À seize heures trente et une, Claire revint dans le hall.

Cette fois, elle tenait un petit écrin.

Elle regarda autour d’elle, s’approcha de la console et déposa l’écrin dans le tiroir inférieur.

Puis elle sortit son téléphone.

Elle tapa un message.

Elle attendit quelques secondes.

Ensuite, elle reprit l’écrin et remonta l’escalier.

Antoine sentit son cœur accélérer.

— Il faut retrouver la caméra de la chambre de Léa.

Maxime secoua la tête.

— Il n’y en a pas à l’intérieur. C’est une chambre privée.

— Alors nous allons chercher les autres angles.

Il ouvrit les enregistrements du couloir de service.

L’heure affichée était seize heures trente-six.

Claire apparaissait devant la porte de Léa.

Elle entra.

Cette fois, elle resta plus longtemps.

Antoine regardait l’écran sans respirer.

Au bout de trois minutes, Claire ressortit.

Elle tenait son sac.

Elle descendit l’escalier.

Puis elle se dirigea vers le salon.

À dix-sept heures douze, Martine entra dans le couloir, un panier de serviettes à la main.

Elle s’arrêta devant la chambre de Léa.

Elle frappa.

Personne ne répondit.

Martine entrouvrit la porte, jeta un regard à l’intérieur, puis entra.

Elle ressortit quelques instants plus tard, le visage préoccupé.

Antoine connaissait suffisamment Martine pour savoir qu’elle ne se mêlait jamais des affaires des autres sans raison.

— Pourquoi est-elle entrée dans cette chambre ? demanda-t-il.

— Elle cherchait Léa, répondit Hugo. Elle voulait lui demander si elle avait vu le collier.

— Et elle l’a trouvé ?

— Non. Elle a dit qu’elle ne voulait pas déranger.

Antoine passa à l’enregistrement suivant.

À dix-sept heures quarante-huit, Claire apparut de nouveau dans le couloir.

Elle s’arrêta devant la chambre de Léa.

Cette fois, elle ne frappa pas.

Elle regarda à droite, puis à gauche.

Elle entra.

Quelques minutes plus tard, elle ressortit et referma la porte.

Antoine se leva brusquement.

Sa chaise recula dans un grincement violent.

— Elle a placé le collier dans la chambre de Léa !

— Oui, papa, répondit Maxime. C’est ce qu’on essaie de te dire depuis tout à l’heure.

Antoine porta les deux mains à sa tête.

Il avait renvoyé une jeune femme sans lui laisser le temps de se défendre.

Il l’avait humiliée devant douze employés.

Il avait regardé ses fils pleurer sans comprendre qu’ils ne pleuraient pas seulement le départ d’une employée.

Ils pleuraient la disparition de la seule personne qui avait réussi à leur redonner confiance.

Et il avait choisi de croire sa sœur.

Parce que c’était plus facile.

Parce que Claire appartenait à sa famille.

Parce qu’il avait oublié qu’une famille ne se résumait pas à partager un nom.

— Je dois retrouver Léa, dit-il.

Hugo hocha la tête.

— Oui.

Maxime le fixa avec une dureté nouvelle.

— Mais avant, tu vas devoir comprendre quelque chose.

Antoine se tourna vers lui.

— Quoi ?

— Tu ne peux pas lui demander de revenir comme si rien ne s’était passé.

Le milliardaire resta silencieux.

— Tu l’as accusée devant tout le monde, poursuivit Maxime. Tu lui as dit de partir sans écouter sa version. Tu as regardé tes propres enfants pleurer et tu n’as rien fait.

Il avala difficilement sa salive.

— Alors ne va pas la chercher pour soulager ta conscience. Va la chercher parce que tu as enfin compris que tu lui dois la vérité.

Ces mots frappèrent Antoine plus durement que toutes les critiques qu’il avait reçues au cours de sa carrière.

Il acquiesça lentement.

— Tu as raison.

Hugo détourna la tête.

— On sait.

Antoine ouvrit la porte du bureau.

Claire l’attendait dans le salon.

Elle avait préparé du thé.

Sur la table, le collier en saphir reposait dans son écrin, comme une pièce à conviction qu’elle croyait encore pouvoir contrôler.

— Alors ? demanda-t-elle avec un sourire forcé. Tu as fini de perdre ton temps ?

Antoine s’avança vers elle.

Il ne cria pas.

Il ne renversa rien.

Il posa simplement son ordinateur sur la table et tourna l’écran vers sa sœur.

— Regarde.

Le sourire de Claire disparut.

Sur la vidéo, elle entrait dans la chambre de Léa.

Elle observa l’image quelques secondes.

Puis elle releva la tête.

— C’est ridicule. Je suis allée chercher quelque chose.

— Quoi ?

— Je ne sais plus. Des documents, peut-être.

— Dans la chambre d’une employée ?

— Antoine, tu sais très bien que cette maison est immense. Je peux me tromper de porte.

Il changea de vidéo.

Claire apparut devant la boîte à bijoux.

Elle se raidit.

— Tu as touché au collier, dit Antoine.

— Je l’ai déplacé pour le mettre en sécurité.

— Puis tu es entrée plusieurs fois dans la chambre de Léa.

— Je t’ai expliqué pourquoi !

— Non. Tu n’as rien expliqué. Tu as accusé une femme de vol et tu m’as poussé à la renvoyer avant que je puisse vérifier quoi que ce soit.

Claire leva les mains.

— Tu es en train de m’accuser, moi ? Ta propre sœur ?

— Je te demande de m’expliquer les images.

— Tu devrais avoir honte.

Elle se leva, le visage rougi par la colère.

— Après tout ce que j’ai fait pour toi depuis la mort de Sophie, tu oses me traiter comme une criminelle ?

Antoine, le fixeur.

— Ce n’est pas moi qui suis entrée dans la chambre de Léa.

— Tu n’as aucune preuve que j’y ai placé le collier !

— Alors pourquoi y es-tu entrée ?

Claire ouvrit la bouche.

Aucun son n’en sortit.

Pendant un instant, son regard glissa vers l’escalier.

Puis elle se ressaisit.

— Très bien. J’ai déplacé le collier. Je voulais simplement le mettre à l’abri.

— Pourquoi sous le matelas de Léa ?

— Je ne sais pas comment il est arrivé là !

— Tu viens de dire que tu l’avais déplacé.

— Je n’ai jamais dit que je l’avais mis dans sa chambre !

Antoine la regarda longuement.