Puis il reporta son attention sur leur père.

— Léa nous disait que demander de l’aide n’était pas une faiblesse.

Antoine acquiesça.

— Elle avait raison.

— Elle disait aussi que les excuses ne servent à rien si on recommence les mêmes erreurs.

— Elle avait encore raison.

Hugo esquissa un sourire triste.

— Tu devrais prendre des notes. Elle est meilleure que toi pour donner des conseils.

Antoine laissa échapper un petit rire étranglé.

Ce n’était pas un rire heureux.

Mais c’était un rire.

Et, pour la première fois depuis des mois, les trois hommes partagèrent un instant qui ne tournait pas autour de l’accident.

— Je vais retrouver Léa, dit Antoine.

Maxime se redressa.

— Pas pour lui demander de revenir travailler ici.

— Non. Pour lui présenter mes excuses.

— Et après ?

Antoine réfléchit.

— Après, ce sera à elle de décider.

Hugo hocha la tête.

— Alors tu as peut-être compris quelque chose.

Antoine se lève.

Avant de sortir, il se retourna.

— Je vous promets une chose. Je ne prendrai plus de décision qui vous concerne sans vous écouter.

Maxime ne répondit pas immédiatement.

Puis il dit :

— C’est un début.

Antoine sortit de la chambre avec ces trois mots dans la tête.

Un début.

Il n’avait pas le droit de demander davantage.

Pendant ce temps, Léa se trouvait dans une petite gare de l’Essonne.

Elle avait pris un train pour rejoindre sa mère, qui vivait dans un appartement modeste à quelques rues de la station.

Sa mère, Évelyne, l’attendait sur le quai.

Lorsqu’elle vit sa fille, elle comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.

— Léa ?

La jeune femme essaya de sourire.

— Bonjour, maman.

Évelyne s’approcha et posa les mains sur ses épaules.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Léa baissa la tête.

— J’ai perdu mon travail.

— Pourquoi ?

Elle hésita.

Puis les mots sortirent d’un seul coup.

— On m’a accusée d’avoir volé un bijou. Je n’ai rien fait, mais mon employeur m’a renvoyée devant tout le monde.

Évelyne la prit dans ses bras.

Léa s’effondra contre elle.

Elle pleura comme elle n’avait pas pleuré depuis des années.

Sa mère ne lui demanda pas de se calmer.

Elle ne lui dit pas qu’elle devait être forte.

Elle la serra simplement contre elle jusqu’à ce que sa respiration redevienne régulière.

— Tu n’as rien fait de mal, murmura-t-elle.

Léa secoua la tête.

— J’aurais dû partir dès que j’ai compris que sa sœur me détestait.

— Tu as essayé de faire du bien.

— Et ça m’a coûté mon emploi.

Évelyne caressa ses cheveux.

— Faire le bien ne garantit pas que les autres nous traiteront bien. Mais ça ne rend pas ton geste inutile.

Léa ferma les yeux.

Elle pensa à Maxime.

À Hugo.

À leurs plaisanteries.

À leurs petites victoires.

— Ils vont me manquer, maman.

— Je le sais.

— Je ne voulais pas devenir importante pour eux. Je voulais juste qu’ils arrêtent de croire que leur vie était terminée.

Évelyne recula légèrement pour regarder sa fille.

— Et est-ce que tu crois encore qu’ils peuvent être heureux ?

Léa essuya ses joues.

— Oui.

— Alors tu n’as pas échoué.

La jeune femme ne répondit pas.

Sa mère lui prit la main.

— Viens. Tu vas manger quelque chose et te reposer. Nous réfléchirons au travail demain.

Léa acquiesça.

Pour la première fois depuis le départ de la villa, elle sentit qu’elle pouvait respirer.

Elle ne savait pas encore que, quelques heures plus tard, quelqu’un frapperait à la porte de l’appartement.

Et que cette visite allait bouleverser la suite de son histoire.

Il était près de dix-neuf heures lorsqu’Antoine arriva devant l’immeuble d’Évelyne.

Il avait demandé à son chauffeur de le déposer à quelques rues de là.

Il ne voulait pas débarquer dans la vie de Léa avec une voiture de luxe, un cortège ou des employés.

Il voulait venir seul.

Il tenait une enveloppe dans la main.

À l’intérieur se trouvaient une lettre, une copie des premiers éléments de l’enquête et les coordonnées de son avocat.

Il ne voulait pas acheter son pardon.

Il voulait lui donner les moyens de défendre son innocence.

Il monta les marches.

Puis il frappa.

Évelyne ouvrit la porte.

Elle observa l’homme en costume sombre, son visage fatigué et ses mains crispées autour de l’enveloppe.

— Oui ?

Antoine retira son manteau.

— Bonsoir, madame. Je m’appelle Antoine Delmas. Je suis l’employeur de Léa.

Le visage d’Évelyne se ferma.

— L’ancien employeur, je suppose.

Antoine baissa les yeux.

— Oui.

Elle ne s’écarta pas.

— Que voulez-vous ?

— Parler à Léa, si elle accepte de me recevoir.

Évelyne le regarda longuement.

— Vous l’avez accusée de vol ?

Il ne chercha pas à nier.

— Oui.

— Sans preuve ?

— Oui.

La mère de Léa inspira profondément.

— Et maintenant, vous venez ici parce que vous avez découvert que vous aviez tort ?

— Oui.

— Vous pensez que quelques mots suffisent à effacer l’humiliation que vous lui avez infligée ?

Antoine sentit sa gorge se serrer.

— Non, madame. Je sais que non.

Évelyne le fixa encore quelques secondes.

Puis elle se retourna.

— Léa, quelqu’un veut te voir.

La jeune femme apparut au bout du couloir.

Lorsqu’elle aperçut Antoine, son visage se figea.

Elle ne dit rien.

Lui non plus.

Il avait imaginé cette rencontre pendant tout le trajet.

Il avait préparé des phrases, des excuses et des explications.

Mais, devant elle, tout lui semblait insuffisant.

— Léa, dit-il enfin. Je suis venu te présenter mes excuses.

Elle croisa les bras.

— Vous avez déjà pris votre décision, monsieur Delmas. Je ne vois pas ce qu’il reste à dire.

— Tu as raison. J’ai pris ma décision sans t’écouter. Je n’aurais jamais dû.

Il lui tendit l’enveloppe.

Elle ne la prit pas.

— Qu’est-ce que c’est ?