— C’est possible que ma présence lui rappelle quelques souvenirs désagréables.
— Tu pourrais peut-être m’expliquer lesquels ?
Gabriel tourna les yeux vers Élise.
La jeune femme se tenait au milieu de la réception, sa robe blanche étincelant sous les guirlandes lumineuses.
Son bouquet tremblait légèrement entre ses doigts.
Antoine, qui venait de remarquer son changement d’expression, s’approcha d’elle.
— Élise ? Qu’est-ce qui se passe ?
Elle ne répondit pas.
Elle fixait toujours Gabriel.
— Élise, je te parle.
Elle cligna des yeux, comme si elle revenait brusquement à la réalité.
— Rien.
— Tu es devenue blanche.
— J’ai juste chaud.
Antoine suivit son regard.
Il observa Gabriel de la tête aux pieds.
Puis il se tourna vers Claire.
— Je vois que tu as trouvé quelqu’un pour t’accompagner.
Claire inclina légèrement la tête.
— Bonsoir, Antoine.
— Bonsoir.
Il s’efforça de sourire.
— Tu as fait le déplacement depuis Montreuil. Je ne pensais pas que tu viendrais vraiment.
— Tu m’as envoyé une invitation.
— Je pensais que tu comprendrais le sous-entendu.
Claire le regarda calmement.
— Tu as écrit que ce serait plus élégant que je vienne seule. Je n’ai jamais vu où se trouvait l’élégance dans le fait d’obéir à tes petites préférences.
Un silence gêné s’installa.
Gabriel tendit la main.
— Gabriel Moreau. Enchanté.
Antoine regarda la main offerte avant de la serrer.
— Antoine Delmas.
— Je sais.
La réponse était parfaitement polie.
Pourtant, quelque chose dans la voix de Gabriel fit perdre à Antoine une partie de son assurance.
— Et vous connaissez Claire depuis longtemps ? demanda-t-il.
— Assez pour savoir qu’elle mérite une soirée agréable.
Claire baissa les yeux pour dissimuler son sourire.
Antoine serra la mâchoire.
— J’espère que vous apprécierez la réception.
— J’en suis certain.
Gabriel marqua une pause.
— Le domaine est magnifique. Vous avez beaucoup de chance d’y célébrer votre mariage.
Antoine se redressa.
— Nous avons travaillé dur pour organiser cette journée.
— J’imagine.
Gabriel tourna légèrement la tête vers Élise.
— Et vous devez être la mariée.
Élise déglutit.
— Oui.
— Félicitations.
Il lui adressa un sourire mesuré.
— Cela fait longtemps, Élise.
La coupe qu’Antoine tenait à la main heurta presque le bord du bar.
— Vous vous connaissez ?
Élise ouvrit la bouche.
Aucun son n’en sortit.
Gabriel, lui, ne semblait pas pressé de répondre.
— Nous nous sommes connus il y a quelques années.
— Où ça ? demanda Antoine.
— À Paris.
— Dans quel contexte ?
Gabriel regarda Élise.
— Je crois qu’elle sera mieux placée que moi pour vous raconter cette histoire.
Élise pâlit davantage.
— Gabriel, pas ici.
Il haussa légèrement les sourcils.
— Pas ici ?
— S’il te plaît.
Cette fois, plusieurs invités se retournèrent.
Une femme portant une combinaison dorée interrompit sa conversation.
Un homme près de la fontaine baissa son verre.
La musique continuait, mais l’ambiance avait changé.
Antoine posa sa coupe sur le bar.
— Je voudrais comprendre ce qui se passe.
Élise se tourna vers lui.
— Ce n’est rien, Antoine. Nous avons simplement eu une histoire avant que je te rencontre.
Gabriel acquiesça lentement.
— C’est vrai. Nous avons eu une histoire.
Il regarda Claire.
— Une histoire assez sérieuse, d’ailleurs.
Claire sentit son cœur accélérer.
Elle avait accepté d’accompagner Gabriel pour faire comprendre à son ex-mari qu’elle n’était pas détruite.
Elle n’avait pas imaginé devenir le témoin d’un secret capable de faire exploser un mariage en quelques minutes.
Elle se pencha vers lui.
— Tu avais prévu de me le dire quand ?
Gabriel baissa les yeux vers elle.
— Avant le dessert.
— Gabriel !
— Je reconnais que le calendrier a été un peu bouleversé.
Elle lui donna un léger coup de coude.
Malgré elle, elle avait envie de rire.
Mais lorsqu’elle regarda Élise, elle comprit que la mariée n’était pas seulement surprise.
Elle avait peur.
Et ce n’était pas la peur d’une femme qui revoit simplement un ancien fiancé.
C’était la peur d’une femme qui redoutait ce qu’il pouvait révéler.
Antoine semblait arriver à la même conclusion.
— Élise, je veux que tu me répondes clairement. Qui est cet homme ?
La mariée serra son bouquet contre elle.
— Je viens de te le dire.
— Non. Tu as dit que vous aviez eu une histoire. Gabriel parle d’une relation sérieuse. Ce n’est pas la même chose.
Elle regarda autour d’elle.
Tous les invités faisaient semblant de ne pas écouter.
Personne ne regardait vraiment ailleurs.
— Antoine, nous sommes en plein milieu de notre réception.
— Alors explique-moi rapidement.
Élise baissa la voix.
— Nous parlerons plus tard.
Antoine se rapprocha.
— Tu as passé les six derniers mois à me demander une transparence totale. Tu m’as interrogé sur mes anciennes relations, mes associés, mes comptes et mes projets. Tu voulais tout savoir de moi.
Il marqua une pause.
— Et maintenant, tu refuses de m’expliquer pourquoi tu as l’air de vouloir disparaître à la vue de cet homme ?
Élise ne répondit pas.
Gabriel prit doucement la main de Claire.
— Nous pouvons vous laisser discuter.
Antoine se tourna vers lui.
— Vous n’allez nulle part.
Gabriel soutint son regard.
– Pardon ?
— Vous arrivez ici, vous troublez ma femme et vous vous permettez de faire des remarques énigmatiques. Vous allez m’expliquer ce que vous cherchez.
Le sourire de Gabriel disparut.
— Je ne cherche rien, monsieur Delmas. J’ai été invité à une réception. Je suis venu avec Claire. Je ne savais pas que vous ignoriez le passé de votre épouse.
— Vous auriez pu vous abstenir de le mentionner.
— Elle m’a reconnu. Je lui ai dit bonjour.
— Vous saviez très bien ce que vous faisiez.
Gabriel reste calme.
— Je savais que revoir Élise serait peut-être inconfortable. Je ne savais pas que cela vous surprendrait à ce point.
Antoine fit un pas vers lui.
— Écoutez-moi bien…
Claire intervient légèrement.