Il se tourna vers Élise.

— J’ai eu la chance de rencontrer une femme qui comprend mes ambitions, qui m’encourage et qui sait ce qu’elle veut.

Élise esquissa un sourire.

Mais ses doigts se crispèrent autour de son bouquet.

Antoine leva son verre.

— À Élise. À notre avenir. Et à toutes les personnes qui ont contribué à nous conduire jusqu’ici.

Les invités levèrent leurs coupes.

Puis il ajouta, sur un ton faussement léger :

— Même celles qui pensaient que certaines histoires étaient terminées pour toujours.

Quelques rires fusèrent.

Claire sentit immédiatement le regard d’Antoine se poser sur elle.

Elle comprit.

Il ne pouvait pas s’empêcher de la viser.

Même le jour de son mariage, même au milieu de ses invités, il avait besoin de rappeler à son ancienne épouse qu’il pouvait encore l’atteindre.

Gabriel se pencha vers elle.

— Ne lui donne pas ce qu’il attend.

Claire ne répondit pas.

Antoine reprit :

— Il est parfois difficile d’accepter que la vie continue sans nous. Certaines personnes restent prisonnières de leurs souvenirs, tandis que d’autres ont le courage de tourner la page.

Cette fois, plusieurs invités regardèrent directement Claire.

Une femme assise à la table voisine murmura quelque chose à son compagnon.

Claire sentit ses joues chauffer.

Elle connaissait ce genre de scène.

Antoine n’avait jamais eu besoin de l’insulter directement pour la blesser.

Il préférait les phrases à double sens.

Les plaisanteries que tout le monde comprenait sans qu’il soit obligé d’assumer leur cruauté.

Les compliments qui contenaient une humiliation.

Les remarques qu’il pouvait ensuite présenter comme de simples malentendus.

Il avait toujours aimé avoir le dernier mot.

Mais cette fois, Claire n’allait pas lui faciliter la tâche.

Elle se redressa.

Puis elle leva son verre.

— À ceux qui savent vraiment tourner la page !

Sa voix n’était pas forte.

Pourtant, elle fut suffisamment claire pour que plusieurs invités l’entendent.

Antoine s’interrompit.

Gabriel tourna lentement la tête vers elle.

Claire lui adressa un sourire tranquille.

Antoine força un rire.

— Exactement, Claire. Je suis heureux que tu partages mon sentiment.

— Je n’en doute pas.

Elle but une gorgée.

— Après tout, tu as toujours aimé parler de ce que les autres devraient faire.

Quelques invités étouffèrent un rire.

Le visage d’Antoine se durcit.

Élise posa brusquement son verre.

— Antoine, je crois que nous devrions commencer le dîner.

— Bien sûr.

Il termina son discours et descendit de l’estrade.

Mais, avant qu’il ait rejoint sa table, un homme d’une cinquantaine d’années s’approcha de lui.

Il portait un costume gris et tenait un dossier noir sous le bras.

Claire reconnut vaguement son visage.

Elle l’avait déjà vu lors de plusieurs réceptions professionnelles auxquelles Antoine l’avait autrefois emmenée.

L’homme s’appelait Laurent Vasseur.

Il dirigeait une société de conseil spécialisée dans les opérations immobilières.

Il avait toujours été particulièrement cordial avec Antoine.

Ce soir-là, il semblait pourtant inquiet.

— Antoine, je dois te parler.

— Plus tard, Laurent.

— C’est important.

— Nous sommes au milieu de la réception.

Laurent jeta un regard vers Élise.

Puis vers Gabriel.

Enfin, il se pencha vers Antoine et murmura quelque chose.

Le sourire de ce dernier disparut.

— Quoi ? souffla-t-il.

Laurent répéta sa phrase.

Antoine pâlit légèrement.

— Tu es sûr ?

— Oui.

— Qui t’a transmis cela ?

— Je ne peux pas encore te le dire.

Antoine serra les dents.

— Tu ne peux pas arriver ici et me parler de cette affaire sans m’expliquer ce qui se passe.

Laurent regarda autour de lui.

— Alors trouve un endroit où nous pouvons discuter.

Antoine se tourna vers Élise.

— Je reviens.

Elle lui saisit le poignet.

— Antoine, non.

Il baissa les yeux vers sa main.

— Qu’est-ce qui te prend ?

Élise relâcha immédiatement son bras.

— Rien. Je veux simplement que nous profitions de notre soirée.

Il le répare.

— Qu’est-ce que tu sais ?

— De quoi parles-tu ?

— Ne joue pas avec moi.

Élise regarda les invités.

Elle semblait chercher une sortie.

Gabriel, qui observait la scène depuis quelques mètres, murmura à Claire :

— Voilà. C’est exactement ce que je redoutais.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Laurent Vasseur faisait partie des personnes impliquées dans le projet dont je t’ai parlé.

Claire sentit son cœur accélérer.

— Il sait quelque chose sur les documents ?

— Je l’ignore.

Gabriel fronça les sourcils.

— Mais s’il est venu parler à Antoine maintenant, ce n’est probablement pas pour lui souhaiter un bon mariage.

Au même instant, Antoine s’éloigna avec Laurent en direction d’un petit salon adjacent.

Élise resta seule près de l’estrade.

Elle regarda Gabriel.

Puis Claire.

Enfin, elle traversa la salle d’un pas rapide.

— Il faut que je vous parle, dit-elle.

Claire haussa les sourcils.

— À nous deux ?

— Oui.

Gabriel croisa les bras.

— Tu as eu plusieurs années pour me parler, Élise.

— Je sais.

— Et tu as choisi de m’envoyer un message trois semaines avant ton mariage.

— Je sais.

Elle semblait au bord des larmes.

— Mais je vous en prie. Écoutez-moi avant que tout devienne incontrôlable.

Claire la regarda avec méfiance.

— Si tu as quelque chose à dire, dis-le.

Élise baissa la voix.

— Ce que Gabriel vous a raconté est vrai. J’ai eu accès à des documents confidentiels. J’ai pris de mauvaises décisions.

Elle ferma les yeux.

— Mais Antoine n’est pas innocent dans cette histoire.

Gabriel se raidit.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Élise regarda Claire.

— Ton ex-mari savait que certaines informations circulaient. Il savait que les négociations n’étaient pas aussi propres qu’il le prétendait.

— Tu as des preuves ? demanda Claire.

Élise hésita.

— J’ai des courriels.

— Des courriels que tu as conservés ?

— Oui.

Gabriel ne la quittait pas des yeux.

— Pourquoi ne les as-tu jamais transmis aux personnes concernées ?

Élise se mit à trembler.

— Parce que j’avais peur.

— Peur de quoi ?

Elle regarda autour d’elle.