Il contacta des personnes qui avaient autrefois admiré son ambition.

Certains lui répondirent qu’ils préféraient attendre.

D’autres ne répondirent pas du tout.

Au sein du Groupe Lenoir, une réunion exceptionnelle fut organisée.

Le directeur général, François Lenoir, père de Mathieu, était présent.

Il avait appris les faits par les médias.

Il avait ensuite visionné plusieurs extraits des vidéos.

Lorsqu’il vit son fils frapper Clara, il resta longtemps sans parler.

Il connaissait les colères de Mathieu.

Il avait entendu parler de ses disputes conjugales.

Mais il avait toujours considéré que ces histoires relevaient de la vie privée de son fils.

Cette fois, il ne pouvait plus détourner le regard.

Dans la salle de réunion, les membres du conseil d’administration étaient assis autour d’une grande table.

Le dossier de nomination de Mathieu était posé devant François.

— Nous devons décider quoi faire, déclara un administrateur.

— Il faut distinguer l’affaire personnelle de Mathieu de ses compétences professionnelles, répondit un autre.

François leva les yeux.

— Vous avez vu les images ?

Personne ne répondit immédiatement.

— Je vous pose une question simple, reprit-il. Avez-vous vu les images ?

— Oui, finit par répondre l’administrateur.

François ouvrit le dossier.

— La nomination de mon fils était prévue pour ce soir. Je l’avais soutenue parce que je croyais qu’il était capable de diriger une équipe, de prendre des décisions difficiles et de représenter notre entreprise.

Il regarda chacun des membres du conseil.

— Mais un poste de direction ne récompense pas seulement les résultats financiers. Il exige aussi du jugement, de la responsabilité et une capacité à respecter les autres.

Il referma le dossier.

— Je retire ma recommandation de nomination.

Un murmure parcourut la salle.

— François, vous êtes sûr de votre décision ?

— Oui.

— Cela risque d’affaiblir Mathieu durablement.

François baissa les yeux.

— Ce qui risque de l’affaiblir durablement, c’est de continuer à lui faire croire que ses actes n’ont pas de conséquences.

La décision fut prise.

Mathieu ne serait pas nommé directeur régional.

Il resterait en poste pendant que l’entreprise examinerait les conséquences professionnelles de l’affaire, mais sa promotion était suspendue et son avenir au sein du groupe devenait incertain.

Lorsqu’il apprit la nouvelle, il se rendit directement dans le bureau de son père.

— Tu me retires ma promotion ?

François ne se leva pas.

— Elle est suspendue.

— À cause de Clara ?

— À cause de ce que tu as fait.

Mathieu frappa du plat de la main sur le bureau.

— Tu sais combien de travail j’ai fourni pour obtenir ce poste ?

— Oui.

— Tu sais combien de contrats j’ai négociés ?

— Oui.

— Alors comment peux-tu me faire ça ?

François le regarda avec tristesse.

— Parce que je suis ton père, Mathieu. Et que je refuse de te protéger de tout ce qui pourrait te forcer à changer.

Mathieu secoua la tête.

— Tu choisis un scandale public plutôt que ton propre fils.

— Non. Je choisis de ne pas appeler une violence une simple erreur professionnelle.

— Tu ne comprends rien !

— Peut-être. Mais je sais que Clara est enceinte de ton enfant et que tu l’as frappée devant des dizaines de personnes.

Mathieu détourna les yeux.

François se leva enfin.

— Je t’ai appris à travailler. Je t’ai appris à négocier. Je t’ai appris à défendre tes intérêts.

Il marqua une pause.

— Je ne t’ai jamais appris que les autres étaient là pour te servir.

Mathieu serra les poings.

— Tu vas me laisser tomber ?

— Je peux t’aider à traverser cette période. Je peux t’aider à trouver un professionnel si tu veux comprendre tes comportements. Je peux être présent lorsque tu devras répondre de tes actes.

François s’approcha de son fils.

— Mais je ne mentirai pas pour toi. Je ne ferai pas pression sur les témoins. Et je ne demanderai pas à Clara de te pardonner pour préserver notre réputation.

Mathieu reste immobile.

Son père poursuivit :

— Si tu veux devenir un homme meilleur, commence par cesser de chercher quelqu’un à blâmer.

Mathieu quitta le bureau sans répondre.

Il avait perdu sa promotion.

Il avait perdu le soutien aveugle de son père.

Il avait perdu l’accès à Clara.

Et, pour la première fois, il était confronté à une question qu’il avait toujours évitée.

Qui était-il lorsque personne ne l’applaudissait ?

Pendant ce temps, Clara suivait les recommandations des médecins.

Elle se reposait.

Elle mangeait lorsque son appétit revenait.

Elle passait de longues heures à lire ou à regarder le jardin depuis sa fenêtre.

Certains jours, elle se sentait plus forte.

D’autres jours, le moindre bruit brusque la faisait sursauter.

Lorsqu’une voiture s’arrêtait devant la maison, elle se demandait si Mathieu était revenu.

Lorsqu’elle recevait un message d’un numéro inconnu, son cœur s’accélérait.

Elle se réveillait parfois en pleine nuit, persuadée d’entendre sa voix lui reprocher de faire une scène.

Antoine avait proposé qu’elle rencontre une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des femmes confrontées à la violence conjugale.

Clara avait d’abord hésité.

— Je ne suis pas folle, papa.

— Je n’ai jamais dit que tu l’étais.

— Alors pourquoi ai-je besoin d’une psychologue ?

Antoine s’était assis en face d’elle.

— Parce que ce que tu as vécu est difficile. Parce que tu as le droit d’avoir quelqu’un qui t’écoute sans te juger. Et parce que tu n’as pas à porter seule toutes les émotions qui te traversent.

Clara avait baissé les yeux.

— J’ai peur de raconter certaines choses.

— Tu n’es pas obligée de tout raconter dès la première séance.

Elle avait fini par accepter.

La première rencontre fut difficile.

Clara parle doucement.

Elle expliqua la soirée.

Elle décrivit les humiliations.

Elle évoqua les disputes.

Puis elle s’arrêta.

La psychologue ne la pressa pas.

Elle lui demanda simplement :

— Lorsque vous pensez à votre vie avant votre mariage, qu’est-ce qui vous manque le plus ?

Clara reste silencieuse.

Puis elle répondit :

— La sensation de ne pas avoir peur.