— Je ne veux pas avoir raison, Clara, dit-il doucement. Je veux que tu sois en sécurité.
Il prit sa main.
— Et je suis désolé si je t’ai donné l’impression que tu devais affronter tout cela seule pour me prouver quelque chose.
Clara se mit à pleurer de nouveau.
Cette fois, Antoine ne chercha pas à la faire taire.
Il resta simplement auprès d’elle.
Il la laissa pleurer jusqu’à ce que ses épaules se détendent.
Jusqu’à ce que sa respiration devienne plus régulière.
Jusqu’à ce qu’elle puisse enfin s’endormir.
Et lorsqu’elle ferma les yeux, Antoine comprit qu’il y avait une autre urgence, moins visible que les blessures physiques.
Sa fille devait retrouver le droit de se sentir en sécurité.
Pas seulement à l’hôpital.
Pas seulement dans la maison de son père.
Mais dans sa propre vie.
PARTIE 4 — LE SECRET QUE CLARA AVAIT PORTÉE SEULE
Le lendemain matin, Paris s’éveilla sous un ciel gris.
À huit heures, les premiers articles concernant la soirée commencèrent à circuler dans les milieux économiques.
Au début, les titres restaient prudents.
« Incident lors du gala du Groupe Delcourt. »
« Une altercation interrompt une réception privée à Paris. »
Puis une vidéo de quelques secondes apparut sur un réseau social.
On y voyait une femme en robe bleu nuit tomber sur le sol.
On entendait une voix masculine lui reprocher de lui faire honte.
Puis un mouvement brutal.
La vidéo s’arrêtait avant qu’on puisse distinguer tous les détails.
Mais cela suffisait.
En moins d’une heure, elle fut partagée des centaines de fois.
Certains internautes s’indignaient.
D’autres réclamaient l’identité de l’homme.
D’autres encore tentaient de reconnaître les visages présents dans la salle.
À neuf heures trente, un journaliste publia le nom de Mathieu Lenoir.
À dix heures, un autre article révéla que la victime était la fille d’Antoine Delcourt.
Le scandale prit alors une ampleur considérable.
Mais, dans la chambre d’hôpital, Clara n’en savait rien.
Elle dormait encore lorsque son père sortit dans le couloir pour répondre à un appel.
Son assistante, Sophie Garnier, l’attendait au téléphone.
— Monsieur Delcourt, je viens de recevoir plusieurs demandes de journalistes.
— Refusez-les toutes.
— Ils veulent savoir si vous comptez porter plainte.
— Je ne vais pas commenter les démarches de ma fille à sa place. Les autorités feront leur travail. Clara décidera de ce qu’elle souhaite communiquer.
Sophie marqua une pause.
— Il y a autre chose.
— Je vous écoute.
— Le conseil d’administration du Groupe Lenoir vient de nous contacter. Mathieu devait être nommé directeur régional ce soir. Ils souhaitent savoir si vous maintenez les discussions commerciales prévues pour la semaine prochaine.
Antoine regarda par la fenêtre.
Il pensa aux contrats.
Aux investissements.
Aux mois de négociations.
Puis il pensa à Clara, seule dans son lit, terrifiée à l’idée de perdre son bébé.
— Les discussions commerciales seront examinées séparément de cette affaire, répondit-il. Je ne vais pas utiliser ma position pour dicter une décision professionnelle à qui que ce soit. En revanche, je ne tolérerai aucune tentative d’intimidation contre ma fille ou les témoins.
— Bien compris, monsieur.
— Et Sophie ?
— Oui ?
— Je veux que notre équipe juridique conserve toutes les preuves qui nous seront légalement transmises. Rien ne doit être supprimé, modifié ou diffusé sans autorisation.
— Je m’en occupe.
Il raccrocha.
Puis il resta quelques secondes immobile.
Il savait que certains allaient l’accuser de vouloir détruire Mathieu par vengeance.
Il savait que d’autres chercheraient à transformer Clara en symbole, en victime idéale ou en personnage de scandale.
Il ne pouvait contrôler ni les rumeurs ni les commentaires.
Mais il pouvait refuser que l’argent et le pouvoir deviennent des armes supplémentaires.
Il voulait que les faits soient établis.
Il voulait que sa fille puisse parler sans être forcée.
Et il voulait que Mathieu assume ses actes sans que personne puisse prétendre qu’il avait été condamné simplement parce qu’il avait offensé un homme riche.
Vers midi, Clara se réveilla.
Antoine était toujours là.
Il lisait un document sur son téléphone, assis dans un fauteuil près de la fenêtre.
Lorsqu’il la vit bouger, il posa immédiatement l’appareil.
— Bonjour, ma chérie.
— Quelle heure est-il ?
— Presque midi.
Clara fronça les sourcils.
— Tu es resté ici toute la nuit ?
— Oui.
— Tu n’avais pas des réunions ?
Antoine eut un sourire fatigué.
— Elles ont survécu à mon absence.
Elle esquissa un sourire.
Puis son expression changea.
— Mathieu est-il encore au Pavillon Vendôme ?
— Non. Les policiers ont recueilli les premières déclarations. Il pourra répondre aux questions dans le cadre de la procédure. Son avocat s’est manifesté.
Clara fixa la couverture.
— Est-ce qu’il a demandé à me voir ?
Antoine hésita.
— Il a essayé de te contacter.
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il a laissé plusieurs messages. Je ne les ai pas écoutés à ta place.
Clara ferma les yeux.
— Il va dire que je l’ai provoqué.
— C’est possible.
— Il va dire que j’ai exagéré.
— C’est possible aussi.
Elle tourna la tête vers lui.
— Et si tout le monde le croit ?
Antoine se rapprocha.
— Alors nous continuerons à nous en tenir aux faits.
— Mais il est très doué pour parler. Il sait exactement quoi dire aux gens.
— Je le sais.
Clara inspira lentement.
— Il peut être charmant quand il veut.
— Je le sais aussi.
Elle se redressa légèrement sur son oreiller.
— Au début, il était différent. Il m’appelait le matin juste pour savoir si j’avais bien dormi. Il m’envoyait des messages quand il rentrait tard. Il se souvenait de toutes les petites choses que je lui racontais.
Un sourire douloureux traversa son visage.
— Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, il a pleuré.
Antoine ne l’interrompit pas.
— Il m’a prise dans ses bras. Il a posé sa main sur mon ventre. Il m’a dit qu’il ferait de moi la femme la plus heureuse du monde.