— Dès que je ne suis pas d’accord avec toi, tu m’expliques que je ne réfléchis pas. Dès que je pose une question, tu dis que je complique tout. Dès que je veux prendre une décision sans ton autorisation, tu me rappelles tout ce que tu as fait pour moi.
Elle regarda les invités.
— Vous savez ce qu’il m’a dit lorsque je lui ai demandé pourquoi il voulait m’épouser ?
Personne ne répondit.
Élise se tourna vers Antoine.
— Il m’a dit que nous formerions un couple puissant. Que nous pourrions nous aider mutuellement. Que nous pourrions avancer plus vite ensemble que séparément.
Elle baissa la voix.
— Il ne m’a jamais dit qu’il m’aimait.
Antoine ouvrit la bouche.
— Ce n’est pas vrai.
— Alors dis-le maintenant.
Le silence devint total.
Élise le regarda droit dans les yeux.
— Dis-moi que tu m’aimes. Pas que tu as besoin de moi. Pas que je suis utile à tes projets. Pas que je suis la femme idéale pour ton image. Dis-moi que tu m’aimes.
Antoine resta silencieux.
Une seconde passa.
Puis deux.
Puis cinq.
Élise ferma les yeux.
Elle avait sa réponse.
Elle retira lentement sa bague.
Le diamant scintilla dans la lumière.
Puis elle la posa sur une table.
— Je ne peux pas faire ça.
Antoine fixa la bague.
— Tu vas regretter cette décision.
Élise secoua la tête.
— Peut-être. Mais ce sera ma décision.
Il fit un pas vers elle.
— Après tout ce que j’ai fait pour toi ?
Elle le regarda avec une tristesse immense.
— C’est exactement pour cela que je dois partir.
Antoine se tourna brusquement vers Gabriel.
— Vous êtes satisfait ?
Gabriel reste calme.
— Ce n’est pas à moi de décider si Élise doit vous épouser.
— Vous avez attendu ce moment pendant des années !
— Non.
Gabriel inspira profondément.
— J’ai attendu pendant des années de pouvoir tourner la page. Et j’y étais arrivé. Je n’ai pas besoin que votre mariage échoue pour continuer ma vie.
Il jeta un regard vers Claire.
— Je suis ici avec quelqu’un que je respecte. Je ne suis pas venu pour vous détruire.
Antoine ricana.
— Vous jouez les hommes vertueux, mais vous avez conservé des documents pour vous protéger.
— Oui. Parce que j’avais des raisons de croire que des informations professionnelles avaient été utilisées de manière irrégulière. Les conserver ne signifie pas que je peux décider seul de ce qu’elles prouvent.
Gabriel marqua une pause.
— Je laisserai des professionnels indépendants examiner les éléments. Je ne vous condamnerai pas sur la base de mes soupçons.
Cette réponse priva Antoine d’une partie de sa colère.
Il aurait préféré une attaque.
Une accusation facile à réfuter.
Un homme venu réclamer vengeance.
Mais Gabriel ne lui offrait rien de tout cela.
Il ne cherchait pas à jouer au héros.
Il ne cherchait pas à impressionner les invités.
Il voulait simplement que les faits soient examinés.
Antoine se tourna alors vers Claire.
— Et toi ? Tu vas profiter de cette situation pour raconter à tout le monde que j’ai été un mauvais mari ?
Claire le regarda longuement.
Puis elle répondit :
— Je n’ai pas besoin de raconter quoi que ce soit.
Elle marqua une pause.
— Tu viens de montrer à tout le monde ce que tu fais lorsque tu ne contrôles plus une situation.
Antoine pâlit.
— Tu crois que tu as gagné ?
Claire secoua lentement la tête.
— Ce n’est pas une compétition, Antoine.
Elle prit son sac.
— J’ai simplement cessé de vouloir gagner contre toi.
Puis elle se tourna vers Gabriel.
— Nous partons.
Gabriel lui tendit le bras.
Elle le prit.
Et, sous les regards stupéfaits des invités, ils traversèrent la salle.
Cette fois, personne ne rit.
Personne ne murmura qu’elle n’avait pas réussi à refaire sa vie.
Personne ne la regarda comme une femme venue quémander une place à la table de son ancien mari.
Claire avançait la tête haute.
Pas parce qu’elle avait humilié Antoine.
Pas parce qu’Élise avait renoncé à l’épouser.
Mais parce qu’elle venait de comprendre qu’elle n’avait plus besoin de la permission de qui que ce soit pour quitter une histoire qui lui faisait du mal.
PARTIE 7 — LA MARIÉE DISPARAÎT, MAIS LE VÉRITABLE SCANDALE COMMENCE
Claire et Gabriel n’avaient pas encore atteint le parking lorsque des pas précipités résonnèrent derrière eux.
— Claire !
Elle s’arrêta.
Gabriel tourna la tête.
Élise venait de sortir du domaine, toujours vêtue de sa robe blanche.
Elle avait retiré son voile.
Ses cheveux commençaient à se défaire.
Elle tenait ses chaussures à la main et marchait difficilement sur les graviers.
— Je dois te parler, dit-elle en reprenant son souffle.
Claire la regarda avec étonnement.
— À moi ?
Élise hocha la tête.
— Oui.
Gabriel se plaça légèrement en retrait.
— Je peux vous laisser quelques minutes, dit-il.
Claire hésita, puis acquiesça.
Élise s’approcha.
Pendant un instant, les deux femmes se regardèrent sans parler.
Elles avaient toutes les deux aimé Antoine.
Elles avaient toutes les deux cru qu’il était possible de construire une vie avec lui.
Et elles avaient toutes les deux découvert, à des moments différents, que l’homme qu’il présentait au monde n’était pas toujours celui qu’il était en privé.
Mais leurs histoires n’étaient pas identiques.
Claire ne voulait pas transformer sa douleur en supériorité morale.
Elle ne voulait pas devenir la femme qui attendait qu’une autre souffre pour se sentir enfin victorieuse.
— Qu’est-ce que tu veux me dire ? demanda-t-elle.
Élise baissa les yeux.
— Je voudrais te demander pardon.
Claire ne répondit pas immédiatement.
Élise poursuivit :
— Je savais qu’Antoine t’avait invitée pour te mettre mal à l’aise. Il m’avait expliqué qu’il voulait montrer à ses amis qu’il avait réussi à refaire sa vie.
Elle serra ses chaussures contre elle.
— Je n’ai pas protesté.
— Pourquoi ?
Élise releva les yeux.
— Parce que j’étais jalouse.
Claire resta silencieuse.