Puis elle murmura :

— Parce que j’ai signé certains documents. Parce que j’ai participé à des décisions que je n’aurais jamais dû accepter. Et parce que je savais qu’Antoine ferait tout pour protéger ses intérêts.

Gabriel inspira profondément.

— Et pourquoi te marier avec lui ?

Élise le regarda.

Cette fois, elle ne chercha pas à sourire.

— Parce que j’ai voulu croire que je pouvais contrôler la situation.

Elle essuya une larme.

— Parce qu’il m’a dit qu’il pouvait m’aider à tourner la page. Parce qu’il m’a promis que tout cela resterait dans le passé. Et parce que je pensais que si je devenais sa femme, il ne me ferait jamais de mal.

Claire sentit un froid lui parcourir le dos.

Elle connaissait cette logique.

Elle connaissait la façon dont on pouvait se persuader qu’une personne allait nous protéger de ses propres actes.

Elle avait cru, elle aussi, qu’en faisant suffisamment d’efforts, Antoine finirait par la respecter.

Mais la phrase suivante d’Élise changea tout.

— Et il m’a dit que, si un jour Gabriel revenait, je devrais faire en sorte qu’il ne parle jamais de cette histoire.

Gabriel ne bougea plus.

— C’est pour cela que tu voulais me voir avant le mariage ?

Élise hocha la tête.

— Oui.

— Pour me demander de me taire ?

Elle baissa les yeux.

— Au début, oui.

Gabriel eut un rire sans joie.

— Au moins, tu es honnête maintenant.

Élise se mit à pleurer.

— Mais je ne veux plus continuer comme ça.

Elle regarda Claire.

— Je sais que je n’ai aucune excuse. Je sais que je t’ai fait du mal indirectement en participant à cette histoire. Je ne te demande pas de me pardonner.

Claire ne répondit pas.

Élise poursuivit :

— Je veux seulement que vous sachiez que j’ai conservé les documents. Et je suis prête à les remettre à un avocat indépendant pour que les faits soient examinés.

Gabriel la regarda longuement.

— Pourquoi maintenant ?

Élise essuya ses joues.

— Parce qu’il y a une différence entre avoir peur de perdre sa vie et comprendre qu’on est en train de perdre ce qu’il nous reste de conscience.

Elle regarda sa robe blanche.

— Je ne sais même plus si je veux me marier.

Un silence lourd tomba entre eux.

Puis, derrière la porte du salon, un bruit de voix s’éleva.

Antoine venait de découvrir que Laurent n’était pas venu lui annoncer une bonne nouvelle.

Et, pour la première fois depuis le début de la soirée, Élise sembla comprendre que le mariage qu’elle avait organisé avec tant de soin pourrait ne jamais avoir lieu.

PARTIE 6 — « TU NE M’ÉPOUSERAS PAS ENCORE UNE FOIS POUR ME FAIRE TAIRE »

Antoine revint dans la salle quelques minutes plus tard.

Son visage était fermé.

Il avait abandonné son sourire.

Laurent marchait derrière lui, le dossier noir toujours sous le bras.

Tous deux s’arrêtèrent en découvrant Élise en larmes, Gabriel silencieux et Claire debout à côté d’eux.

Antoine comprit immédiatement.

— Qu’est-ce que tu leur as raconté ?

Élise essuya ses joues.

— La vérité.

Il le répare.

— Tu n’as aucune idée de ce que tu fais.

— Si, Antoine. Pour la première fois depuis longtemps, je crois que je le sais.

Il s’approcha d’elle.

— Tu veux vraiment détruire cette journée ?

Élise eut un petit rire désespéré.

— Cette journée ?

Elle désigna sa robe, les tables, les fleurs, les invités.

— Tu crois que le problème, c’est cette journée ?

Antoine serra les dents.

— Nous allons parler en privé.

— Non.

Le mot sembla le surprendre.

Élise releva le menton.

— Tu as passé des mois à m’expliquer que tout devait être parfait. La cérémonie, les photos, les invités, les discours, les relations professionnelles. Tu m’as dit que ce mariage montrerait au monde que nous étions un couple solide.

Elle inspira profondément.

— Mais tu ne m’as jamais demandé si j’étais heureuse.

Antoine la regarda avec incrédulité.

— Tu savais exactement qui j’étais lorsque tu as accepté de m’épouser.

— Je savais ce que tu voulais que je voie.

Elle marqua une pause.

— Ce n’est pas la même chose.

Plusieurs invités s’étaient rapprochés.

Laurent tente d’intervenir.

— Je crois qu’il serait préférable de laisser cette conversation se poursuivre ailleurs.

Antoine se tourna vers lui.

— Personne ne t’a demandé ton avis.

Laurent referma son dossier.

— C’est vrai. Mais je ne vais pas assister à une nouvelle scène d’intimidation.

Antoine devint livide.

– Pardon ?

— Tu m’as bien entendu.

Laurent regarda Élise.

— Je suis venu parce que j’ai appris que certains documents allaient être transmis à un cabinet juridique indépendant. Je voulais vérifier que les personnes concernées comprenaient la gravité de la situation.

Antoine eut un rire nerveux.

— Tu es en train de me menacer ?

— Non. Je t’informe que je ne participerai à aucune tentative pour étouffer cette affaire.

Laurent désigna le dossier.

— Les éléments doivent être examinés par des professionnels compétents. Je ne vais ni les cacher ni les utiliser pour négocier un avantage.

Antoine regarda autour de lui.

Il avait l’habitude de contrôler les réunions.

De choisir les personnes qui prenaient la parole.

De mettre fin aux discussions dès qu’elles devenaient dangereuses pour ses intérêts.

Mais, ce soir-là, les gens ne semblaient plus disposés à se taire pour lui faire plaisir.

Il se tourna vers Élise.

— Tu vas me suivre dans le salon.

— Non.

— Élise !

— Je ne vais pas t’épouser pour que tu puisses continuer à me faire taire.

Un murmure parcourut la salle.

Antoine reste immobile.

— Tu ne peux pas annuler notre mariage devant tous ces gens.

Élise le regarda, les yeux brillants.

— Je peux refuser de t’épouser.

Elle marqua une pause.

— C’est même la seule décision qui m’appartient encore entièrement.

Antoine secoua la tête.

— Tu es bouleversée. Tu ne réfléchis pas.

— Voilà. C’est toujours la même chose.

Elle eut un rire triste.