Il voulait seulement savoir si sa fille et son petit-enfant étaient en sécurité.

Enfin, une médecin sortit.

Antoine avance rapidement.

— Docteur ?

Elle retira son masque.

— Votre fille est consciente. Nous avons réalisé plusieurs examens et nous continuons à surveiller son état.

Antoine retint son souffle.

— Et le bébé ?

La médecin marqua une courte pause.

— Pour le moment, les signes que nous avons pu recueillir sont rassurants. Nous avons détecté une activité cardiaque fœtale. C’est une bonne nouvelle.

Antoine ferma les yeux.

Un soulagement immense le traversa.

Il posa une main sur le mur, comme si ses jambes venaient soudain de perdre leur force.

— Merci…

— Il reste nécessaire de poursuivre la surveillance. Compte tenu de la chute et du coup reçu, nous ne voulons prendre aucun risque. Votre fille devra rester sous observation.

— Bien sûr. Tout ce qu’il faut.

La médecin poursuivit :

— Elle est très éprouvée émotionnellement. Nous avons besoin qu’elle soit entourée de personnes en qui elle a confiance, sans pression ni agitation.

Antoine hocha la tête.

— Je comprends.

— Elle demande à vous voir.

Il entra dans la chambre.

Clara était allongée dans un lit, une couverture remontée jusqu’à la taille.

Un dispositif de surveillance était installé à côté d’elle.

Son visage était pâle, ses yeux rougis.

Lorsqu’elle aperçut son père, elle essaya de sourire.

— Alors ?

Antoine s’approcha.

— Le cœur du bébé bat, ma chérie.

Clara porta immédiatement ses mains à son visage.

Elle se mit à pleurer.

Mais cette fois, ce n’était plus le même désespoir.

C’était le soulagement de pouvoir respirer à nouveau.

— Il va bien ?

— Les premiers examens sont rassurants. Les médecins vont continuer à te surveiller.

Clara ferma les yeux et murmura :

— Merci, mon Dieu…

Antoine s’assit à côté du lit.

Pendant quelques instants, ils restèrent silencieux.

Puis Clara tourna la tête vers lui.

— Tu es en colère contre moi ?

Antoine se redressa.

— Quoi ?

— Parce que je t’ai caché mon nom. Parce que je ne t’ai pas appelé plus tôt. Parce que je ne t’ai pas dit ce qui se passait.

Il la regarda avec incrédulité.

— Clara, tu viens de subir une violence terrible. Pourquoi me demandes-tu si je suis en colère contre toi ?

Elle baissa les yeux.

— Parce que j’aurais dû t’en parler.

Antoine sentit quelque chose se briser en lui.

Il comprit soudain que sa fille ne venait pas seulement de tomber sous les coups de son mari.

Elle avait appris à se sentir responsable de ce qu’on lui faisait.

Elle avait appris à chercher la faute en elle-même.

Elle avait appris à croire qu’elle devait protéger les autres des conséquences de leur propre cruauté.

— Regarde-moi, Clara.

Elle releva lentement les yeux.

— Ce qui s’est passé ce soir n’est pas ta faute.

Elle voulut répondre, mais il continua.

— Tu m’entends ? Ce n’est pas ta faute parce que tu as caché ton nom. Ce n’est pas ta faute parce que tu as épousé Mathieu. Ce n’est pas ta faute parce que tu as voulu croire en lui. Et ce n’est certainement pas ta faute parce qu’il a choisi de te frapper.

Les lèvres de Clara tremblèrent.

— J’aurais dû partir avant.

— Peut-être que tu aurais aimé partir plus tôt. Mais ce n’est pas à moi de te juger pour ce que tu n’as pas réussi à faire. Tu as pris des décisions avec l’espoir que les choses changeraient. C’est lui qui est responsable de ses actes.

Clara le regarda longtemps.

Puis elle murmura :

— Je ne savais plus comment te demander de l’aide.

Antoine sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Tu n’aurais jamais dû avoir peur de me le demander.

— J’avais peur que tu me dises que tu avais raison depuis le début.

Cette phrase le frappa plus durement que toutes les accusations de la soirée.

Parce qu’il se souvenait de ses propres paroles.

Il se souvenait de la façon dont il avait parlé de Mathieu.

Il se souvenait d’avoir averti sa fille que cet homme s’intéressait davantage à sa carrière qu’à elle.

Et il se souvenait de sa réponse.

« Tu ne le connais pas, papa. Tu juges tout le monde avant de leur laisser une chance. »

Antoine avait peut-être vu juste sur Mathieu.

Mais il n’avait pas compris ce dont sa fille avait besoin.

Elle n’avait pas besoin qu’il gagne une dispute vieille de deux ans.

Elle avait besoin qu’il reste son père.

— Je ne veux pas avoir raison, Clara, dit-il doucement. Je veux que tu sois en sécurité.

Il prit sa main.

— Et je suis désolé si je t’ai donné l’impression que tu devais affronter tout cela seule pour me prouver quelque chose.

Clara se mit à pleurer de nouveau.

Cette fois, Antoine ne chercha pas à la faire taire.

Il resta simplement auprès d’elle.

Il la laissa pleurer jusqu’à ce que ses épaules se détendent.

Jusqu’à ce que sa respiration devienne plus régulière.

Jusqu’à ce qu’elle puisse enfin s’endormir.

Et lorsqu’elle ferma les yeux, Antoine comprit qu’il y avait une autre urgence, moins visible que les blessures physiques.

Sa fille devait retrouver le droit de se sentir en sécurité.

Pas seulement à l’hôpital.

Pas seulement dans la maison de son père.

Mais dans sa propre vie.

PARTIE 4 — LE SECRET QUE CLARA AVAIT PORTÉE SEULE

Le lendemain matin, Paris s’éveilla sous un ciel gris.

À huit heures, les premiers articles concernant la soirée commencèrent à circuler dans les milieux économiques.

Au début, les titres restaient prudents.

« Incident lors du gala du Groupe Delcourt. »

« Une altercation interrompt une réception privée à Paris. »

Puis une vidéo de quelques secondes apparut sur un réseau social.

On y voyait une femme en robe bleu nuit tomber sur le sol.

On entendait une voix masculine lui reprocher de lui faire honte.

Puis un mouvement brutal.