— Les premiers éléments qui montrent que tu n’as pas volé le collier. Les images ont été conservées et examinées. Mon avocat est au courant. Je vais coopérer avec les autorités si une plainte est déposée.
Léa regarda l’enveloppe sans bouger.
— Et votre sœur ?
— Elle a reconnu avoir déplacé le collier. Elle n’a pas encore expliqué toutes ses actions. L’enquête doit établir précisément ce qui s’est passé.
— Elle a reconnu avoir placé le collier dans ma chambre ?
Antoine hésita.
— Elle a reconnu avoir déplacé le bijou et avoir voulu te piéger. Mais je ne veux pas te présenter comme certain un détail qui doit encore être établi formellement.
Léa ferma les yeux.
Elle avait attendu cette confirmation.
Mais lorsqu’elle l’entendit, elle ne ressentit aucune joie.
Seulement une immense fatigue.
— Vous savez ce qui m’a fait le plus mal ? demanda-t-elle.
Antoine secoua la tête.
— Ce n’est pas que vous m’ayez renvoyée. Je savais que je pouvais perdre cet emploi un jour.
Elle releva les yeux vers lui.
— C’est que vous avez regardé Maxime et Hugo pleurer, et que vous avez pensé qu’ils étaient manipulés. Vous n’avez pas envisagé une seconde qu’ils puissent vous dire la vérité.
Antoine baissa la tête.
— Je sais.
— Non, monsieur Delmas. Vous commencez seulement à le comprendre.
Il acquiesça.
— Tu as raison.
Léa inspira profondément.
— Je ne veux pas de votre argent.
— Je ne suis pas venu pour t’en donner.
— Je ne veux pas non plus que vous me proposiez de revenir pour que tout le monde oublie cette histoire.
— Je ne te le demanderai pas.
Elle parut surprise.
Antoine poursuivit :
— Je suis venu parce que tu mérites des excuses. Et parce que mes fils méritent que je leur rende la personne qui leur a fait du bien, même si cette personne décide de ne plus jamais remettre les pieds chez moi.
Léa sentit sa gorge se serrer.
— Ils vont bien ?
— Ils sont bouleversés. Mais ils vont bien.
Il marqua une pause.
— Ils m’ont demandé de ne pas te mettre la pression. Ils veulent que tu choisisses toi-même ce que tu souhaites faire.
Léa détourna les yeux.
Maxime et Hugo avaient donc compris.
Ils ne cherchaient pas à la retenir par la culpabilité.
Ils lui laissaient le droit de partir.
C’était peut-être la plus belle chose qu’ils pouvaient lui offrir.
— Je voudrais leur parler, dit-elle enfin.
Antoine releva la tête.
— Bien sûr.
— Au téléphone, pour l’instant.
— Je vais leur demander s’ils sont disponibles.
Léa prit l’enveloppe.
— Je la garderai pour mon dossier. Mais je ne vous pardonne pas aujourd’hui.
Antoine hocha la tête.
— Je comprends.
— Et je ne vous promets pas de revenir.
— Je comprends aussi.
Elle le regarda une dernière fois.
— Alors, pour la première fois depuis que je vous connais, nous sommes d’accord sur quelque chose.
Antoine eut un sourire triste.
— C’est déjà un début.
Il s’inclina légèrement devant Évelyne.
Puis il quitta l’appartement.
Dans l’escalier, il s’arrêta quelques secondes.
Il n’avait pas obtenu le pardon de Léa.
Il n’avait pas récupéré la confiance de ses fils.
Mais il avait enfin cessé d’exiger que les autres lui facilitent la tâche.
Et cela changeait tout.
PARTIE 3 — CE QUE LÉA FAISAIT VRAIMENT AVEC LES GARÇONS
Le lendemain matin, Maxime et Hugo attendirent le coup de téléphone avec une impatience qu’ils ne cherchaient même plus à dissimuler.
Antoine avait installé son ordinateur sur la table du petit salon.
Il avait demandé à ses fils s’ils souhaitaient appeler Léa.
Ils avaient répondu oui en même temps.
Lorsque l’écran s’alluma, le visage de Léa apparut.
Elle portait un pull gris et avait les cheveux attachés en arrière.
Elle semblait fatiguée.
Mais elle sourit en voyant les deux frères.
— Alors, les champions ? Vous avez survécu à une nuit sans moi ?
Maxime éclata de rire.
— À peine.
Hugo leva les yeux au ciel.
— Il a essayé de faire le petit-déjeuner tout seul. Il a brûlé les tartines.
— C’était une expérience culinaire, protesta Maxime.
— Une expérience criminelle, oui !
Léa rit.
Pendant quelques secondes, la villa sembla retrouver un peu de sa lumière.
Antoine, assis en retrait, regardait ses fils.
Ils n’avaient pas ri ainsi depuis longtemps.
Il comprit alors que la présence de Léa n’avait jamais été seulement une question de distraction.
Elle leur avait offert un espace où ils pouvaient être des adolescents.
Un espace où leurs difficultés ne définissaient pas chaque instant de leur existence.
— Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle.
— Mieux, répondit Hugo. On a fait nos exercices.
Léa plissa les yeux.
— Tous les deux ?
Maxime hocha la tête.
— Tous les deux.
— Sans négocier ?
Ils échangèrent un regard.
— Presque, admet Hugo.
— Je vois. Je m’absente vingt-quatre heures et vous redevenez des escrocs.
Les deux frères éclatèrent de rire.
Puis le silence revint doucement.
Hugo prit une inspiration.
— Léa, est-ce que tu vas revenir ?
La jeune femme baissa les yeux.
— Je ne sais pas encore.
Maxime se força à sourire.
— Tu peux dire non. On ne va pas t’en vouloir.
Elle le regarda avec tendresse.
— Je sais.
— On veut juste que tu sois heureuse, ajouta Hugo. Même si c’est loin d’ici.
Léa sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Vous avez beaucoup grandi en trois mois.
Maxime secoua la tête.
— Non. On a juste rencontré quelqu’un qui nous a laissé le droit de grandir.
Antoine détourna le visage.
Il ne voulait pas voler ce moment à ses fils.
Il savait qu’il n’avait pas encore mérité de participer pleinement à ces conversations.
Mais il écoutait.
Pour une fois, il écoutait réellement.
— Je vous promets de vous appeler demain, dit Léa. Et après-demain aussi, si vous en avez envie.
— Tous les jours, répondit Hugo.
— Ne sois pas trop gourmand.