— Je vous en prie, monsieur Delcourt. Nous avons un enfant. Vous ne pouvez pas détruire notre famille.

Antoine sentit la colère remonter.

— Ne me parlez pas de votre enfant comme d’un argument pour obtenir ce que vous voulez.

— Je veux seulement récupérer ma femme !

— Clara n’est pas un objet que vous pouvez récupérer.

Un silence suivit.

Mathieu baissa la voix.

— Je l’aime.

Antoine ferma les yeux un instant.

Il ne savait pas ce que Mathieu ressentait réellement.

Peut-être éprouvait-il un attachement véritable.

Peut-être regrettait-il sincèrement son comportement.

Peut-être avait-il surtout peur de perdre sa position, son confort et son avenir.

Mais il savait une chose : l’amour ne pouvait pas servir d’excuse à la violence.

— Si vous l’aimez, commença Antoine, vous respecterez sa décision de ne pas vous voir.

— Vous allez me la prendre !

— Je ne prends personne. C’est elle qui décide.

Mathieu se mit à parler plus fort.

— Vous avez toujours voulu me voir échouer ! Depuis le début, vous pensiez que je n’étais pas assez bien pour elle !

Antoine le laissa terminer.

Puis il répondit d’une voix calme :

— Je n’ai pas besoin de vous voir échouer pour constater ce que vous avez fait.

Il coupa la communication.

Dehors, Mathieu resta immobile devant le portail.

Il avait imaginé une scène différente.

Il s’était vu entrer dans la maison, prendre Clara dans ses bras et lui expliquer qu’il avait perdu le contrôle.

Il s’était imaginé qu’elle pleurerait.

Qu’elle lui reprocherait ses actes.

Qu’il pourrait lui demander pardon et qu’elle finirait par lui accorder une nouvelle chance.

Mais il n’avait pas prévu qu’elle refuserait de le voir.

Il n’avait pas prévu que son père ne lui ouvrirait pas la porte.

Et surtout, il n’avait pas prévu que Clara pourrait continuer à vivre sans lui.

Il remonta dans sa voiture.

Avant de démarrer, il regarda la maison une dernière fois.

Puis il sortit son téléphone et appela Camille.

Elle ne répondit pas.

Il rappela.

Cette fois, elle décrocha.

— Quoi ?

— Il faut qu’on parle.

— Je n’ai rien à te dire.

— Camille, je suis dans une situation catastrophique.

— Et tu crois que je vais me mettre au milieu de ça ?

Mathieu se crispa.

— Tu étais là, toi aussi !

— Justement. J’étais là. Et je n’ai aucune envie d’être associée à ce qui s’est passé.

— Tu as renversé ton verre sur elle !

— Tu l’as frappée, Mathieu !

Il resta silencieux.

Camille reprit :

— Je pensais que tu étais simplement un homme ambitieux. Je ne savais pas que tu pouvais aller aussi loin.

— Tu ne m’as jamais demandé d’arrêter.

— Et tu avais besoin de moi pour comprendre qu’une femme enceinte ne doit pas être frappée ?

Mathieu serra le volant.

— Tu savais très bien que Clara était un obstacle entre nous.

— Je n’ai jamais prétendu vouloir devenir ta femme.

Cette phrase le déstabilisa.

Pendant des mois, il s’était persuadé que Camille représentait une possibilité de vie meilleure.

Elle était élégante.

Elle fréquentait les mêmes personnes que lui.

Elle savait comment se comporter dans les réceptions.

Elle ne lui parlait jamais de fatigue, de rendez-vous médicaux ou de responsabilités familiales.

Mais à présent, il découvrait qu’elle n’avait jamais eu l’intention de partager ses problèmes.

Elle avait aimé l’image qu’il projetait.

Pas l’homme qu’il était.

— Alors c’était quoi, tout ça ? demanda-t-il.

Camille soupira.

— Une erreur.

Puis elle raccrocha.

Mathieu resta seul dans sa voiture.

Pour la première fois, il commença à comprendre que le monde qu’il avait voulu impressionner ne l’attendait pas pour le sauver.

PARTIE 6 — LA CHUTE D’UN HOMME QUI VOULAIT TOUT CONTRÔLER

Les jours suivants furent difficiles.

Les vidéos de la soirée continuèrent de circuler.

Des invités témoignèrent de ce qu’ils avaient vu.

Plusieurs personnes confirmèrent que Camille avait humilié Clara avant la chute.

D’autres affirmèrent avoir entendu Mathieu lui ordonner de s’excuser, puis lui reprocher de lui faire honte.

Les enquêteurs recueillirent les enregistrements disponibles et les déclarations des témoins.

Mathieu, lui, choisit d’abord la défense la plus prévisible.

Il affirma que la scène avait été sortie de son contexte.

Il expliqua qu’il traversait une période de stress intense.

Il déclara qu’il n’avait jamais voulu blesser sa femme.

Son avocat lui conseilla de ne plus s’exprimer publiquement et de laisser la procédure suivre son cours.

Mais, dans les coulisses, Mathieu continuait à essayer de sauver sa carrière.

Il appela des collègues.

Il envoya des messages à des investisseurs.

Il contacta des personnes qui avaient autrefois admiré son ambition.

Certains lui répondirent qu’ils préféraient attendre.

D’autres ne répondirent pas du tout.

Au sein du Groupe Lenoir, une réunion exceptionnelle fut organisée.

Le directeur général, François Lenoir, père de Mathieu, était présent.

Il avait appris les faits par les médias.

Il avait ensuite visionné plusieurs extraits des vidéos.

Lorsqu’il vit son fils frapper Clara, il resta longtemps sans parler.

Il connaissait les colères de Mathieu.

Il avait entendu parler de ses disputes conjugales.

Mais il avait toujours considéré que ces histoires relevaient de la vie privée de son fils.

Cette fois, il ne pouvait plus détourner le regard.

Dans la salle de réunion, les membres du conseil d’administration étaient assis autour d’une grande table.

Le dossier de nomination de Mathieu était posé devant François.

— Nous devons décider quoi faire, déclara un administrateur.

— Il faut distinguer l’affaire personnelle de Mathieu de ses compétences professionnelles, répondit un autre.

François leva les yeux.

— Vous avez vu les images ?

Personne ne répondit immédiatement.

— Je vous pose une question simple, reprit-il. Avez-vous vu les images ?

— Oui, finit par répondre l’administrateur.

François ouvrit le dossier.

— La nomination de mon fils était prévue pour ce soir. Je l’avais soutenue parce que je croyais qu’il était capable de diriger une équipe, de prendre des décisions difficiles et de représenter notre entreprise.

Il regarda chacun des membres du conseil.