La spécialiste examina les horodatages, les métadonnées et les journaux d’accès.

Elle travailla près d’une heure.

Puis elle releva la tête.

— Les fichiers que vous m’avez montrés sont cohérents avec les enregistrements du système. Je n’ai pas constaté de signe évident de modification.

Antoine ferma les yeux.

Il avait espéré, quelque part, découvrir une erreur technique.

Une explication qui aurait rendu sa faute moins lourde.

Mais la réalité était là.

Claire avait menti.

— Peut-on établir ce qu’elle a fait dans la chambre ? demanda Maître Laurent.

— Pas directement, répondit la spécialiste. Il n’y a pas de caméra à l’intérieur, et c’est normal. En revanche, les séquences montrent plusieurs entrées et sorties. Elles peuvent être mises en relation avec d’autres éléments, mais il faudra rester prudent.

L’avocat hocha la tête.

— Nous devons conserver les fichiers originaux, établir une copie sécurisée et éviter toute diffusion. Si une plainte est déposée, les autorités pourront les examiner.

Antoine acquiesça.

— Je veux que tout soit fait correctement.

— Il faudra aussi entendre les personnes présentes, ajouta Maître Laurent. Et déterminer précisément quand le collier a été déplacé.

Martine, qui attendait dans le couloir, entra timidement.

— Monsieur Delmas ?

Antoine se tourna vers elle.

— Oui, Martine ?

Elle avait les mains serrées devant elle.

— Il y a quelque chose que je dois vous dire.

Il lui indiqua une chaise.

— Asseyez-vous.

— Le matin où le collier a été déclaré disparu, madame Claire m’a demandé de lui ouvrir le petit coffre de la chambre de madame Sophie.

Antoine se figea.

— Pourquoi ?

— Elle m’a dit qu’elle voulait vérifier les bijoux avant de les faire expertiser. Je n’ai pas trouvé cela étrange. Elle avait déjà aidé à organiser certaines affaires après le décès de votre épouse.

— Et ensuite ?

Martine hésita.

— Elle m’a demandé de ne parler de cette visite à personne. Elle disait vouloir vous éviter des soucis.

Maître Laurent prit des notes.

— Vous souvenez-vous de l’heure ?

— Vers dix heures du matin. Peut-être dix heures et quart.

La spécialiste consulta les enregistrements.

— Nous pouvons vérifier les images de ce secteur.

Quelques minutes plus tard, une nouvelle séquence apparut.

Claire entrait dans la chambre de Sophie.

Elle en ressortait un quart d’heure plus tard.

Antoine observa la vidéo en silence.

— Elle avait accès au coffre, murmura-t-il.

— Oui, répondit Martine. Elle connaissait le code depuis des années.

Maître Laurent se pencha vers l’écran.

— Monsieur Delmas, il serait prudent de vérifier l’inventaire complet des bijoux et les documents relatifs à leur conservation.

Antoine hocha lentement la tête.

Il ne voulait pas transformer cette affaire en chasse aux sorcières.

Mais il ne pouvait plus se permettre de détourner le regard.

— Faites ce qu’il faut, dit-il. Je veux savoir si autre chose a disparu.

La spécialiste reprit son travail.

Martine baissa les yeux.

— Je suis désolée, monsieur.

— Pourquoi ?

— J’aurais dû parler plus tôt. Je savais que madame Claire n’aimait pas Léa. Je l’ai entendue dire qu’elle finirait par nous créer des problèmes.

Antoine soupira.

— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit ?

— Parce que je pensais que ce n’était qu’une querelle. Et parce que j’avais peur de perdre mon emploi.

Il regarda la gouvernante.

Il aurait pu lui reprocher son silence.

Mais il savait qu’il avait lui-même créé une maison où chacun avait appris à éviter les conflits plutôt qu’à dire la vérité.

— À partir de maintenant, reprit-il, personne ne sera puni pour avoir signalé un problème de bonne foi. Mais je veux que chacun comprenne une chose : aucune accusation ne sera considérée comme une preuve.

Martine acquiesça, les yeux humides.

— Merci, monsieur.

Antoine regarda l’écran.

La vidéo continuait de tourner.

Il pensa à Léa, quelque part dans Paris, sans doute en train de chercher un endroit où dormir.

Et il comprit que retrouver la vérité ne suffirait pas.

Il devait encore réparer ce qu’il avait détruit.

 

Le lendemain matin, Antoine se rendit dans la chambre de ses fils.

Maxime était réveillé.

Hugo regardait par la fenêtre.

— Bonjour, dit leur père.

Aucun des deux ne répondit.

Antoine s’approcha lentement.

— Je suis désolé.

Maxime tourna la tête.

— Pour quoi ?

La question était calme.

Trop calme.

Antoine prit une profonde inspiration.

— Pour avoir accusé Léa sans vérifier. Pour ne pas vous avoir écoutés. Pour vous avoir laissés seuls avec votre colère depuis l’accident.

Hugo détourna le regard.

— Tu dis ça maintenant parce que tu as vu les vidéos.

— C’est vrai.

Antoine ne chercha pas à se défendre.

— Les vidéos m’ont obligé à regarder ce que j’aurais dû voir depuis longtemps.

Il s’assit sur une chaise.

— Je vous ai laissés souffrir parce que je ne savais pas comment vous aider. J’ai cru que payer les meilleurs spécialistes et vous offrir les meilleurs équipements suffirait. Je me suis réfugié dans mon travail parce que chaque fois que je vous regardais, je revoyais cette nuit-là.

Sa voix se brisa.

— Je pensais que si je travaillais assez, je pourrais compenser ce qui s’était passé.

Maxime serra les poings.

— Mais tu ne pouvais pas nous rendre nos jambes avec de l’argent, papa.

Antoine baissa la tête.

— Je sais.

— Et tu ne pouvais pas effacer l’accident en ne rentrant pas à la maison.

— Je sais.

Hugo se tourna enfin vers lui.

— Alors pourquoi tu ne nous as jamais demandé ce dont on avait besoin ?

Antoine sentit les larmes monter.

— Parce que j’avais peur de votre réponse.

Hugo répare le problème.

— On avait besoin de notre père.

Le silence qui suivit fut terrible.

Antoine ne tenta pas de le briser.

Il laissa les mots exister.

Puis il hocha la tête.

— Je suis là maintenant. Je ne vous demanderai pas de me pardonner tout de suite. Mais je veux apprendre à être présent, même quand je ne sais pas quoi dire.

Maxime regarda son frère.