Elle essuya ses larmes.
— J’avais peur que tu me regardes comme une petite fille qui n’avait pas compris le monde.
Antoine s’assit au bord du fauteuil.
— Clara, tu n’es pas obligée de réussir chaque choix pour mériter mon amour.
Elle le regarda.
— Même si je me trompe ?
— Même si tu te trompes.
— Même si je refuse tes conseils ?
— Même dans ce cas.
Il marqua une pause.
— Tu peux me dire que j’ai tort. Tu peux quitter ma maison. Tu peux choisir une vie qui ne ressemble pas à la mienne. Rien de tout cela ne te rend moins digne d’être aimée.
Clara se mit à pleurer doucement.
Antoine lui tendit un mouchoir.
— Je ne te demande pas de me croire sur parole. Je veux seulement que tu saches que tu n’as plus besoin de cacher ta souffrance pour protéger ma fierté.
Elle prit le mouchoir.
— J’aurais dû comprendre plus tôt.
— Nous avons tous les deux des choses à comprendre.
Il lui sourit tristement.
— Mais aujourd’hui, tu n’as pas besoin de résoudre toute ta vie. Tu as besoin de guérir.
Clara acquiesça.
Puis, après quelques secondes, elle murmura :
— Papa, je ne veux plus retourner chez lui.
Antoine sentit une vague de soulagement le traverser.
Mais il ne répondit pas à sa place.
— Alors tu n’y retourneras pas aujourd’hui.
— Je ne veux plus vivre avec lui.
— Tu n’y es pas obligée.
— Je veux divorcer.
Antoine prit sa main.
— Je t’aiderai à trouver un avocat indépendant, si c’est ce que tu souhaites. Tu décideras de la suite à ton rythme.
Clara ferma les yeux.
Pour la première fois depuis des mois, elle venait de prononcer une décision sans avoir immédiatement peur des conséquences.
Elle ne savait pas encore comment elle allait vivre.
Elle ne savait pas comment elle allait élever son enfant.
Elle ne savait pas si Mathieu chercherait à revenir.
Mais elle savait une chose.
Elle ne voulait plus passer sa vie à demander pardon pour les blessures qu’il lui infligeait.
Et cette certitude, fragile mais réelle, fut le premier pas vers sa liberté.
PARTIE 5 — LE RETOUR DE MATHIEU ET LA PORTE QUI NE S’OUVRIT PAS
Trois jours plus tard, Clara quitta l’hôpital.
Les médecins avaient décidé qu’elle pouvait rentrer, à condition de respecter les consignes de repos et de poursuivre le suivi de sa grossesse.
Antoine l’emmena dans sa résidence, à l’écart de l’agitation parisienne.
Ce n’était pas la maison dans laquelle elle avait grandi.
C’était une propriété plus petite, entourée d’un jardin et de grands arbres, où il venait parfois passer quelques jours loin de ses bureaux.
Clara y avait sa propre chambre.
Les fenêtres donnaient sur une terrasse fleurie.
Le matin, on entendait les oiseaux.
Pour la première fois depuis longtemps, personne ne lui reprochait de dormir tard.
Personne ne lui demandait de préparer une réception.
Personne ne commentait son apparence.
Personne ne lui disait qu’elle prenait trop de place.
Antoine avait demandé à une aide à domicile de passer quelques heures par jour, mais Clara pouvait choisir ce dont elle avait besoin.
Il avait également fait installer un petit fauteuil près de la fenêtre, avec une couverture douce et une table où elle pouvait poser ses livres.
Lorsqu’elle le remarqua, elle sourit.
— Tu as tout organisé ?
— J’ai demandé quelques conseils.
— À qui ?
— À une femme qui sait ce qu’il faut pour qu’une personne enceinte se sente à l’aise.
Clara haussa un sourcil.
— Tu as consulté Internet ?
Antoine fit mine de s’offusquer.
— Je suis parfaitement capable de poser une question sans consulter Internet.
Elle éclata de rire.
Ce rire surprit les deux.
Il était faible, encore fragile.
Mais il était sincère.
Antoine la regarda comme s’il venait d’entendre une musique qu’il avait oubliée.
— Voilà, dit-il doucement. C’est ce son-là que j’espérais retrouver.
Le sourire de Clara s’effaça un peu.
— Je ne sais pas si je pourrai redevenir comme avant.
— Tu n’as pas besoin de redevenir comme avant.
Il s’assit près d’elle.
— Tu peux devenir quelqu’un de différent. Quelqu’un qui sait ce qu’elle ne veut plus accepter.
Clara hocha lentement la tête.
Mais la paix ne dura pas longtemps.
Le quatrième jour, le téléphone de la maison sonna.
Sophie, l’assistante d’Antoine, répondit.
Quelques secondes plus tard, elle vint trouver Clara.
— Il y a quelqu’un à l’entrée.
Clara sentit immédiatement son ventre se nouer.
— Qui ?
Sophie hésita.
— Mathieu.
Le silence s’installa.
Clara regarda son père.
Il ne lui demanda pas ce qu’elle voulait faire.
Il attendit.
— Je ne veux pas le voir, murmura-t-elle.
— Très bien, répondit Antoine.
Il décolle.
— Sophie, dites au personnel de sécurité qu’il ne doit pas entrer. S’il souhaite transmettre un document ou une demande, son avocat peut contacter celui de Clara.
Mais Mathieu avait déjà commencé à protester devant le portail.
— Je suis son mari ! Vous ne pouvez pas m’empêcher de voir ma femme !
Le gardien répondit calmement :
— Madame ne souhaite pas vous recevoir.
— Elle est sous l’influence de son père !
Antoine, qui venait d’arriver dans le hall, entendit la phrase.
Il se dirigea vers l’interphone.
— Mathieu.
À l’autre bout, le jeune homme se tut brusquement.
— Monsieur Delcourt, je dois parler à Clara.
— Elle ne souhaite pas vous voir.
— Vous ne comprenez pas. Elle est bouleversée. Elle ne pense pas clairement. Elle a besoin de moi.
Antoine garda le silence une seconde.
— Lorsque vous l’avez vue allongée sur le sol, vous avez eu l’occasion de lui montrer qu’elle pouvait compter sur vous.
— J’ai fait une erreur.
— Vous avez fait un choix.
— J’étais en colère !
— Vous avez choisi de frapper une femme enceinte.
Mathieu inspira brusquement.
— Je regrette ce qui s’est passé.
— Alors assumez les conséquences de vos actes.