Puis Lucía ajouta :
« Et j’en ai aussi une copie. »
Javier l’entendit respirer.
« Comment ? »
« Arturo me l’a envoyée pour me faire peur. »
« Tu peux nous l’envoyer ? »
« Oui. »
Javier resta silencieux pendant quelques secondes.
Puis il répondit :
« Remets-la à la police, avec l’enregistrement d’Arturo. »
Lucía laissa échapper un sanglot.
« Tu vas m’aider ? »
Javier regarda Don Ernesto.
Il se souvint de sa propre culpabilité.
Et des paroles d’Elena.
Ne fuis pas ce que tu as fait.
« Je vais aider à faire éclater la vérité. »
Lucía mit du temps à répondre.
« Et nous deux ? »
Javier ressentit une profonde douleur.
« Nous ne pouvons pas réparer notre couple avec un autre mensonge. »
Il raccrocha.
Pilar regarda Don Ernesto.
« Je crois que nous avons maintenant suffisamment d’éléments pour que les enquêteurs se penchent sérieusement sur cette affaire. »
Mais le vieil homme continuait de regarder le téléphone.
« Il y a quelque chose qui m’inquiète. »
« Quoi ? »
« Ricardo n’a jamais eu besoin de menacer qui que ce soit lorsqu’il contrôlait la situation. »
Javier fronça les sourcils.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Don Ernesto désigna les dossiers.
« Que s’il menace maintenant, c’est peut-être parce qu’il est en train de perdre le contrôle. »
Pilar acquiesça.
« Ou parce qu’il compte faire disparaître certaines preuves. »
À cet instant précis, Javier reçut un courriel.
Il ne comportait aucun objet.
Seulement une pièce jointe.
Et une phrase.
TA MÈRE N’A PAS ÉTÉ LA SEULE À DÉCOUVRIR CE QUE NOUS FAISIONS.
Javier frissonna.
Il ouvrit le fichier.
C’était une photographie.
Elle montrait Ricardo dans un bureau.
Assis face à un autre homme.
Un homme que Javier ne reconnaissait pas.
En bas figurait une date.
Dix-sept ans auparavant.
Et une annotation manuscrite.
OPÉRATION MORALES : PREMIER OBJECTIF ATTEINT.
Javier releva les yeux.
« Papa… »
Don Ernesto contempla l’image.
Son visage perdit toute couleur.
« Je connais cet homme. »
Javier se pencha vers lui.
« Qui est-ce ? »
Le vieil homme mit quelques secondes à répondre.
« C’est le médecin qui a signé le premier rapport médical de ta mère. »
CHAPITRE 9. LE JOUR OÙ LES MENSONGES SE SONT EFFONDRÉS
La photographie ne prouvait pas que le médecin avait fait du mal à Elena.
Elle ne prouvait pas non plus que Ricardo avait provoqué sa maladie.
Mais elle soulevait une question que Don Ernesto évitait depuis des années.
Pourquoi l’avocat de la famille avait-il rencontré en privé l’un des médecins impliqués dans les rapports administratifs concernant son épouse ?
La réponse apparut lorsque Pilar examina d’anciens dossiers.
Le médecin s’appelait Samuel Ortega.
Il avait travaillé comme spécialiste de l’évaluation médicale et, des années plus tard, collaboré à des dossiers concernant les capacités et le handicap.
Ricardo lui avait demandé des rapports pour plusieurs personnes liées à des opérations patrimoniales.
Certaines de ces personnes apparaissaient ensuite dans des procédures où des tiers prenaient en charge la gestion de certains biens.
Les documents ne permettaient pas de conclure que tous les rapports étaient faux.
Mais ils justifiaient une enquête.
Et surtout, ils expliquaient pourquoi Ricardo insistait tant pour présenter Don Ernesto comme un homme incapable de prendre ses propres décisions.
Ce n’était pas une idée nouvelle.
C’était une méthode qu’il essayait de reproduire.
Javier remit aux enquêteurs tous les éléments en sa possession.
Pilar apporta ses copies.
Lucía se présenta avec son avocat et fournit des messages, des enregistrements et des documents.
Don Ernesto remit ses anciens échanges avec Ricardo ainsi que les pièces concernant la maison.
Au cours des jours suivants, l’enquête commença à progresser.
Il n’y eut pas d’arrestation spectaculaire au milieu du salon.
Ni d’aveux spontanés devant une caméra.
Il y eut des demandes de documents.
Des vérifications bancaires.
Des témoignages.
Des analyses de fichiers.
Et une série de contradictions que Ricardo et Arturo ne pouvaient plus expliquer aussi facilement.
La première contradiction concernait la signature de Javier.
Les documents conservés par Lucía dans l’enveloppe rouge comportaient une reproduction qui différait de ses signatures authentiques.
L’analyse permit également d’identifier le fichier numérique utilisé pour préparer ces documents.
La deuxième contradiction apparut dans les communications d’Arturo.
Bien qu’il ait assuré à Lucía qu’il voulait seulement l’aider à rembourser ses dettes, les messages récupérés parlaient de faire pression sur Don Ernesto pour l’obliger à quitter temporairement son domicile.
La troisième contradiction fut encore plus importante.
L’entreprise Patrimonios del Centro entretenait des liens financiers avec d’autres sociétés liées à Ricardo.
Parmi elles figurait l’une des entreprises impliquées dans les virements qu’Elena avait contestés des années auparavant.
Il ne s’agissait donc plus d’une seule opération suspecte.