Claire s’installa dans la voiture, puis regarda une dernière fois le domaine.

Les guirlandes brillaient encore dans les arbres.

Les tables étaient toujours couvertes de nappes blanches.

Le gâteau attendait au centre de la terrasse, intact, comme si rien ne s’était passé.

Pourtant, quelque chose avait changé.

Le mariage qui devait célébrer une nouvelle vie venait de révéler les secrets de l’ancienne.

Et Claire, qui avait été invitée pour servir de comparaison silencieuse à la mariée, repartait avec quelque chose de bien plus précieux qu’une victoire sur Antoine.

Elle repartait avec la certitude qu’elle n’avait plus besoin de se comparer à qui que ce soit.

PARTIE 9 — UNE INVITATION QUI CHANGE TOUT

Le trajet jusqu’à Bordeaux se déroula dans un silence presque confortable.

Gabriel conduisait. Claire regardait défiler les vignes, les maisons de pierre et les petites routes bordées d’arbres.

Elle n’avait pas envie de parler du mariage.

Pas tout de suite.

Elle voulait laisser les événements se déposer dans son esprit, comme de la poussière après le passage d’une voiture.

Au bout d’une vingtaine de minutes, Gabriel rompit le silence.

— Je peux te poser une question ?

— Bien sûr.

— Si tu pouvais revenir en arrière, est-ce que tu accepterais encore mon invitation à t’accompagner ?

Claire tourna la tête vers lui.

— Tu veux dire si je savais que la mariée était ton ancienne fiancée ?

— Oui.

Elle réfléchit.

— Probablement pas.

Gabriel acquiesça sans protester.

— Je comprends.

— Mais si tu me demandais si je regrette d’être venue, la réponse serait différente.

Il jeta un coup d’œil vers elle.

— Tu ne regrettes pas ?

— Non.

Elle sourit légèrement.

— Je crois que j’avais besoin de voir Antoine sans le filtre de mes souvenirs.

Gabriel resta silencieux.

— Pendant des mois, je me suis demandé si j’avais fait une erreur en partant. Je repensais aux bons moments, aux vacances, aux soirées où nous riions ensemble. Je me demandais si j’aurais pu sauver notre mariage en étant plus patiente, plus compréhensive, plus…

Elle s’interrompit.

— Plus quoi ? demanda Gabriel.

— Plus parfaite, peut-être.

Il secoua la tête.

— Personne ne peut sauver seul une relation à laquelle l’autre ne veut pas participer.

Claire sourit.

— Tu as encore une de tes jolies phrases.

— Je commence à croire que tu les apprécies.

— Ne prends pas trop confiance.

Il rit.

Puis son visage redevint sérieux.

— Je veux aussi te présenter mes excuses pour quelque chose.

Claire tourna la tête.

— Encore ?

— Celle-ci est importante.

Elle l’écouta.

— Quand Maud m’a parlé de toi, j’ai accepté parce que je voulais t’aider. Mais je dois reconnaître que j’avais aussi une raison plus personnelle.

Claire sentit son ventre se nouer.

— Laquelle ?

— J’avais entendu parler d’Antoine.

Elle fronça les sourcils.

— Comment ça ?

— Son entreprise travaille parfois avec des personnes du secteur immobilier. Je savais qu’il avait traversé un divorce difficile. Je ne connaissais pas les détails, mais j’avais entendu son nom.

Claire le fixa.

— Tu savais qui il était ?

— Pas exactement. Je ne savais pas que tu étais son ex-femme avant que tu me le dises. Mais après notre première rencontre, j’ai fait le rapprochement.

Elle sentit une pointe de colère revenir.

— Tu as cherché des informations sur moi ?

— Non. J’ai vérifié le nom d’Antoine après que tu me l’as donné. Je voulais comprendre dans quel contexte je m’engageais en acceptant de venir.

Claire détourna les yeux.

— Tu aurais pu me le dire.

— Oui.

— Tu aurais dû.

— Oui.

Il ralentit à l’approche d’un rond-point.

— Je n’ai rien trouvé de privé. Seulement des informations professionnelles et quelques articles publics. Je ne savais pas ce qui s’était réellement passé entre vous.

Claire resta silencieuse.

Elle n’aimait pas l’idée qu’il ait cherché des renseignements sur Antoine sans lui en parler.

Mais elle appréciait qu’il ne cherche pas à minimiser son geste.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? demanda-t-elle.

— Parce que je craignais que tu annules le rendez-vous. Je voulais t’aider à traverser cette journée.

Il marqua une pause.

— Et parce que j’avais envie de te revoir.

Claire le regarda.

La dernière phrase avait été prononcée plus doucement que les autres.

— Pourquoi ?

Gabriel eut un sourire un peu gêné.

— Parce que tu m’as fait rire. Parce que tu as été directe avec moi. Parce que tu m’as demandé ce que je voulais au lieu de me demander ce que je pouvais t’offrir.

Il tourna brièvement les yeux vers elle.

— Et parce que tu semblais avoir besoin d’un peu de soutien, même si tu faisais tout pour prétendre le contraire.

Claire sentit son cœur battre un peu plus vite.

Elle ne savait pas quoi répondre.

Elle avait demandé à Gabriel de l’accompagner pour provoquer une réaction chez Antoine. Elle ne s’était pas attendue à découvrir un homme capable de reconnaître ses erreurs, de respecter ses limites et de lui parler sans chercher à prendre le contrôle de la conversation.

Mais elle ne voulait pas se précipiter.

Elle avait déjà confondu l’attention et l’amour.

Elle ne recommencerait pas.

— Gabriel, je t’apprécie, dit-elle enfin. Mais je ne suis pas prête à commencer une relation.

Il hocha la tête.

— Je ne te l’ai pas demandé.

— Je préfère être claire.

— Tu as raison.

Elle le regarda.

— Tu ne vas pas essayer de me convaincre ?

— Non.

— Tu ne vas pas me dire que je devrais laisser une chance à quelqu’un de bien ?

Il sourit.

— Non plus.

— Tu ne vas pas me dire que je passe à côté d’une belle histoire ?

— Claire, tu as passé une journée entière à expliquer à ton ex-mari que tu n’avais pas besoin de lui pour être heureuse. Je ne vais pas te demander de me donner une place que tu n’as pas envie de m’offrir.

Elle sentit ses yeux picoter.