— Dans ce cas, madame Delmas, permettez-moi de vous conduire jusqu’au bar.
— Je ne suis plus madame Delmas.
Le sourire de Gabriel s’effaça aussitôt.
Claire soutint son regard.
— Et c’est précisément ce que je suis venue célébrer.
Puis elle passa son bras sous le sien et avança vers les invités.
Derrière eux, Antoine regardait son ex-femme s’éloigner.
Et pour la première fois depuis leur divorce, il ne savait plus comment la faire revenir.
PARTIE 3 — UN HOMME QUI CONNAISSAIT LE SECRET
Le bar se trouvait sous une pergola couverte de glycines blanches.
Claire s’installa sur un tabouret haut, accepta un verre d’eau pétillante et s’efforça de ne pas regarder dans la direction des mariés.
Elle avait besoin de quelques minutes pour remettre de l’ordre dans ses pensées.
Gabriel se tenait près d’elle, les mains posées sur le comptoir.
— Je peux partir si tu préfères, dit-il.
Claire tourna la tête.
— Pourquoi est-ce que tu partirais ?
— Parce que je viens de t’entraîner dans une situation que tu n’as pas choisie.
— Tu ne m’as pas entraînée ici. C’est moi qui t’ai demandé de venir.
— Tu m’as demandé de t’accompagner pour faire enrager Antoine. Pas pour découvrir mon passé au milieu d’un mariage.
Elle observa son visage.
Il ne semblait pas chercher à se donner le beau rôle. Il avait l’air sincèrement préoccupé par la possibilité de lui avoir fait du mal.
— Je ne vais pas te mentir, Gabriel. Je suis furieuse que tu ne m’aies pas parlé d’Élise.
— Je comprends.
— Mais je ne suis pas une enfant. Je peux supporter une vérité désagréable.
Elle marqua une pause.
— Ce que je ne supporte plus, c’est qu’on décide à ma place de ce que je suis capable d’entendre.
Gabriel baissa légèrement les yeux.
— C’est justement ce que j’ai fait. Et j’en suis désolé.
Claire fit tourner son verre entre ses doigts.
— Alors raconte-moi.
Il resta silencieux quelques secondes.
— Élise et moi nous sommes rencontrés lors d’une réception professionnelle à Paris. Elle travaillait pour une société de conseil en patrimoine. Moi, je dirigeais une petite entreprise spécialisée dans la rénovation de bâtiments anciens.
— Tu dirigeais une entreprise ?
— Je la dirige toujours.
— Maud m’a dit que tu travaillais dans l’immobilier.
— Elle a résumé.
Claire arqua un sourcil.
— C’est une façon élégante de dire que tu as oublié de mentionner quelques détails.
— J’ai effectivement omis quelques détails.
Malgré elle, Claire esquissa un sourire.
– Continuer.
Gabriel inspira profondément.
— Au début, Élise était charmante. Elle était intelligente, ambitieuse, drôle. Elle avait cette capacité à faire croire à chacun qu’il était la personne la plus intéressante de la pièce.
— Je connais ce genre de personne.
— Je suppose que oui.
Son regard se posa un instant sur Antoine, qui parlait avec un groupe d’invités tout en surveillant discrètement leur conversation.
— Nous avons été ensemble pendant deux ans. Je lui ai demandé de m’épouser. Elle a accepté. Pendant plusieurs mois, nous avons organisé notre mariage.
— Et ensuite ?
Le visage de Gabriel se durcit.
— J’ai découvert qu’elle avait des dettes qu’elle m’avait cachées. Des sommes importantes. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait d’un mauvais investissement et qu’elle avait besoin de temps pour les régler.
— Tu l’as aidée ?
— J’ai proposé de l’aider à comprendre la situation. Je ne voulais pas lui donner de l’argent sans savoir où il allait.
Il marqua une pause.
— Elle a très mal réagi.
— Comment ça ?
— Elle m’a accusé de ne pas lui faire confiance. Elle a dit que si je l’aimais vraiment, je ne lui poserais pas de questions. Puis j’ai découvert qu’elle avait utilisé mon nom pour obtenir des garanties auprès d’un établissement financier.
Claire posa son verre.
— Sans ton autorisation ?
— Sans mon autorisation.
— Et tu as fait quoi ?
— J’ai contacté un avocat. J’ai refusé de signer les documents. Les garanties n’ont jamais été validées, mais notre relation était terminée.
— Elle t’a quitté ?
Gabriel secoua la tête.
— Elle m’a dit que j’étais incapable de lui faire confiance. J’ai répondu qu’une relation ne pouvait pas fonctionner si l’un des deux devait renoncer à toute prudence pour prouver son amour.
Il eut un sourire amer.
— Le lendemain, elle a rendu la bague.
Claire le regarda longuement.
— Et tu n’as jamais su ce qu’elle était devenue ?
— J’ai appris par des connaissances qu’elle avait rencontré quelqu’un. Je n’ai pas cherché à en savoir davantage.
— Jusqu’à aujourd’hui.
— Jusqu’à aujourd’hui.
Un serveur passa près d’eux avec un plateau de coupes de champagne. Gabriel en prit une, mais ne la porta pas à ses lèvres.
— Je ne suis pas venu pour me venger d’elle, Claire.
— Je te crois.
— Je n’ai aucune envie de détruire son mariage.
Claire le fixa.
— Pourtant, elle semble penser que tu peux le faire.
Gabriel ne répondit pas immédiatement.
Puis il sortit son téléphone de la poche intérieure de sa veste.
— Il y a une chose que je dois te montrer.
Il ouvrit une conversation et fit défiler plusieurs messages.
Claire vit un nom, une date, puis une série de phrases courtes.
Elle se pencha légèrement.
Le premier message datait de deux ans plus tôt.
« Je sais que tu as gardé les documents. Tu ne peux pas les utiliser contre moi. »
Un autre suivait, envoyé plusieurs semaines plus tard.
« Si tu racontes quoi que ce soit à Antoine, tu détruiras plus que ma vie. »
Claire sentit son ventre se nouer.
— Ces messages viennent d’Élise ?
— Oui.
— Elle t’a menacé ?
— Elle m’a surtout supplié de garder le silence, puis elle a essayé de me faire peur quand elle a compris que je ne voulais pas reprendre notre relation.
— Quels documents ?
Gabriel verrouilla son téléphone.
— Des documents financiers. Et des échanges qui montrent qu’elle m’a menti sur l’origine de ses dettes.