— Pourquoi les as-tu conservés ?
— Parce que mon avocat me l’a conseillé.
Claire reste immobile.
Elle pensait avoir compris la raison de la panique d’Élise.
Mais quelque chose lui échappait encore.
— Antoine est-il au courant ?
— Je ne sais pas.
— Tu crois qu’elle l’a épousé pour son argent ?
Gabriel se tourna vers elle.
— Je ne peux pas te dire ce qu’elle ressent pour lui. Je ne suis pas dans sa tête.
— Mais tu sais qu’elle lui a caché quelque chose.
— Je sais qu’elle m’a caché des choses. Pour le reste, je ne veux pas inventer d’accusations.
Claire apprécia cette réponse.
Antoine, lui, avait toujours eu le talent de transformer un soupçon en certitude dès qu’il pouvait s’en servir pour rabaisser quelqu’un.
Gabriel semblait faire exactement l’inverse.
Il distinguait ce qu’il savait de ce qu’il supposait.
Et cette différence, toute simple, lui inspira une confiance qu’elle n’avait pas anticipée.
Soudain, une voix sèche retentit derrière eux.
— Je voudrais parler à Gabriel. Seul.
Claire n’eut pas besoin de se retourner pour reconnaître Antoine.
Elle posa tranquillement son verre sur le comptoir.
— Bonjour, Antoine. Je suis ravie que tu aies enfin trouvé le courage de venir nous saluer.
Il ignora sa remarque.
— Gabriel, j’insiste.
— Et moi, je préfère que Claire reste, répondit celui-ci.
Antoine serra la mâchoire.
— C’est une affaire privée.
— Alors tu aurais dû me contacter avant de m’inviter à ton mariage.
Le visage d’Antoine se figea.
Claire tourna lentement la tête vers lui.
— Tu connaissais Gabriel ?
— Non.
Gabriel eut un petit rire sans joie.
— Tu es certain de vouloir continuer sur cette voie ?
Antoine lança un regard furieux à la mariée, qui se tenait désormais à quelques mètres d’eux.
Élise s’approcha aussitôt.
— Antoine, viens avec moi.
— Non, répondit-il. Pas avant d’avoir compris ce qui se passe.
Il regarda Gabriel de haut en bas.
— Je ne sais pas qui tu es, ni ce que tu veux, mais tu ne gâcheras pas mon mariage.
Gabriel posa sa coupe sur le comptoir.
— Je ne suis pas venu pour gâcher quoi que ce soit. Je suis venu parce que Claire m’a invité à l’accompagner.
Antoine se tourna vers son ex-femme.
— Tu as donc payé un homme pour venir ici ?
Le silence tomba autour d’eux.
Claire sentit la vieille douleur se réveiller.
Cette manière qu’avait Antoine de réduire tout ce qu’elle faisait à une preuve de faiblesse.
Lorsqu’elle travaillait tard, il disait qu’elle négligeait son foyer.
Lorsqu’elle prenait soin de lui, il disait qu’elle n’avait pas d’ambition.
Lorsqu’elle avait demandé le divorce, il avait prétendu qu’elle était trop émotive pour comprendre les conséquences de sa décision.
Et maintenant, parce qu’elle arrivait au bras d’un homme élégant, il cherchait à transformer son choix en humiliation.
Claire se lève.
— Non, Antoine. Je n’ai pas payé un homme pour venir ici.
Elle prit la main de Gabriel.
— J’ai demandé à un homme de m’accompagner. Il a accepté. C’est tout.
Antoine ricana.
— Et tu crois que cela va me rendre jaloux ?
Claire le regarda droit dans les yeux.
— Je ne sais pas ce que cela va te rendre, Antoine. Mais je peux t’assurer que je ne suis pas venue pour obtenir une réaction de ta part.
— Alors pourquoi être venue ?
Elle sourit.
— Parce que tu m’as invitée.
Elle se pencha légèrement vers lui.
— Tu devrais faire attention aux invitations que tu envoies. Un jour, les gens pourraient réellement les accepter.
Un rire étouffé s’éleva près du buffet.
Antoine rougit.
Élise, elle, ne riait pas.
Elle fixait toujours Gabriel.
Et dans ses yeux, Claire aperçut quelque chose qui ressemblait à une supplication.
Comme si la mariée attendait qu’il dise une phrase précise.
Une phrase capable de faire exploser le décor soigneusement construit autour d’elle.
PARTIE 4 — LE SOURIRE DE LA MARIÉE SE FISSURE
— Antoine, nous devons parler. Maintenant.
Élise avait attrapé le bras de son mari avec une telle force qu’il grimaça.
— Tu me fais mal, murmura-t-il.
— Alors viens.
Elle l’entraîna vers une allée bordée de cyprès, à l’écart des tables et des invités.
Antoine la suivit, mais se retourna plusieurs fois pour regarder Claire et Gabriel.
Il n’aimait pas perdre le contrôle.
Il détestait encore plus ne pas comprendre ce qui se passait sous ses yeux.
Et il avait la désagréable impression que, pour une fois, tout le monde connaissait une histoire dont il ignorait les détails.
Claire se rassit.
— Je crois que cette journée va être beaucoup plus longue que prévu.
Gabriel resta debout près d’elle.
— Je suis désolé.
— Tu l’as déjà dit.
— Je sais.
— Alors cesse de t’excuser toutes les trente secondes. Tu vas finir par me convaincre que tu as commis un crime.
Il sourit faiblement.
— Je vais essayer.
Claire l’observa.
— Est-ce que tu as encore des sentiments pour Élise ?
La question le surprit.
Il s’appuya contre le comptoir, prit le temps de réfléchir et répondit sans détour.
— J’ai eu des sentiments pour elle. J’ai cru que nous construirions une vie ensemble. J’ai passé des mois à essayer de comprendre comment quelqu’un qui prétendait m’aimer pouvait me mentir avec autant de facilité.
— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.
Gabriel tourna les yeux vers elle.
— Non. Je ne suis plus amoureux d’elle.
Claire hocha lentement la tête.
— Bien.
— Bien ?
— Oui. Parce que je n’ai aucune envie de devenir le personnage d’un triangle amoureux qui ne me concerne pas.
Gabriel éclata d’un rire bref.
— Tu as raison.
— Je suis venue ici pour tourner une page. Pas pour en ouvrir une autre avec les mêmes problèmes.
— Alors nous sommes d’accord.
Ils échangèrent un regard.
Pendant un instant, le bruit des conversations sembla s’éloigner.
Claire ne savait pas encore ce qu’elle pensait de Gabriel. Il était séduisant, certainement. Il avait de l’humour et une façon de l’écouter qui lui donnait l’impression que ses paroles comptaient.