Mais le temps des apparences touchait à sa fin.
PARTIE 12 — LE JOUR OÙ ÉLISE DEMANDA PARDON
Trois semaines après le mariage, Claire reçut une lettre.
Elle était arrivée dans sa boîte aux lettres un mardi matin, glissée entre une facture et un prospectus publicitaire.
L’enveloppe était blanche.
Son prénom était écrit à la main.
Claire la retourna.
Aucune adresse d’expéditeur.
Elle resta quelques secondes à la regarder avant de l’ouvrir.
À l’intérieur, une feuille pliée en deux.
Le message était court.
Claire,
Je ne sais pas si tu accepteras de lire cette lettre jusqu’au bout. Je ne sais même pas si j’ai le droit de te demander ton attention après ce qui s’est passé.
Je voulais te dire que je suis désolée.
Je t’ai regardée arriver à mon mariage et j’ai immédiatement pensé que tu étais venue pour me faire du mal. J’ai cru que Gabriel était là pour me punir. J’ai imaginé des intentions à tout le monde parce que j’avais peur que quelqu’un découvre ce que je cachais.
Je t’ai jugée sans te connaître. Je t’ai parlé comme si tu étais une menace alors que tu n’avais rien fait contre moi.
Je sais que ces excuses ne changeront pas ce qui s’est passé. Je ne te demande pas de me pardonner.
Je voulais simplement reconnaître que tu n’étais pas responsable de ma peur.
Élise.
Claire relut la lettre.
Elle ne ressentit ni colère ni joie.
Seulement une forme de tristesse.
Elle pensait à la femme qu’elle avait aperçue dans sa robe blanche, au visage livide et aux doigts crispés autour de son bouquet.
Élise avait voulu contrôler son image à tout prix.
Elle avait construit une façade si parfaite qu’elle ne savait plus comment réagir lorsque quelqu’un s’approchait de la vérité.
Cela ne justifiait pas ses mensonges.
Cela ne les effaçait pas.
Mais Claire pouvait comprendre la peur qui se cachait derrière cette façade.
Elle prit une feuille et réfléchit longuement à sa réponse.
Puis elle écrivit :
Élise,
J’ai lu ta lettre. Merci d’avoir reconnu ce qui s’est passé.
Je ne sais pas ce que l’avenir te réserve, et je ne prétends pas connaître toute ton histoire. Mais je crois qu’il est toujours possible de choisir une autre façon de vivre, à condition d’accepter de regarder honnêtement les décisions que l’on a prises.
Je ne te souhaite pas de souffrir. Je te souhaite de trouver le courage de ne plus avoir besoin de mentir pour te sentir en sécurité.
Je ne peux pas te promettre que nous deviendrons amies. Ce n’est pas ce dont j’ai besoin aujourd’hui. Mais je te souhaite sincèrement de trouver la paix avec toi-même.
Claire.
Elle relut sa réponse, la glissa dans une enveloppe et la posta le lendemain.
Elle n’en parla à personne.
Pas même à Gabriel.
Elle ne voulait pas que son geste devienne un événement.
Elle ne cherchait pas à se donner le beau rôle.
Elle avait simplement choisi de répondre à une excuse par une réponse honnête.
Quelques jours plus tard, Gabriel lui envoya un message.
« J’ai entendu dire qu’Élise avait écrit à plusieurs personnes pour reconnaître certains mensonges. Je ne sais pas ce qu’elle t’a dit, et je ne te demanderai pas de me le raconter. Je voulais seulement te dire que je suis soulagé qu’elle ait commencé à affronter la situation. »
Claire sourit.
Elle lui répondit :
« Moi aussi. J’espère qu’elle continuera. »
Il ajouta :
« Et j’espère que tu vas bien. »
Claire regarda le message pendant quelques secondes.
Puis elle écrivit :
« Je vais bien. Et je crois que je suis prête pour une visite de librairie. »
Cette fois, Gabriel ne répondit pas par une plaisanterie.
Il lui proposa un samedi, une heure et un lieu de rendez-vous.
Claire accepta.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle attendit un rendez-vous sans se demander si elle serait assez belle, assez intéressante ou assez parfaite pour mériter d’être aimée.
Elle avait simplement envie d’y aller.
PARTIE 13 — LA LIBRAIRIE ET LES NOUVEAUX DÉPARTS
Le samedi suivant, Claire arriva devant la librairie avec dix minutes d’avance.
La boutique se trouvait dans une petite rue pavée, à l’écart des grandes avenues. Sa façade était peinte en bleu pâle, et une clochette tinta lorsqu’elle poussa la porte.
À l’intérieur, les étagères montaient jusqu’au plafond.
Des livres anciens côtoyaient des romans contemporains, des recueils de poésie et des ouvrages d’art.
Une odeur de papier, de bois et de café flottait dans l’air.
Claire retira son manteau.
Gabriel n’était pas encore arrivé.
Elle se promena entre les rayons, s’arrêta devant une étagère consacrée aux romans français et prit un livre au hasard.
Elle n’en avait pas lu autant qu’elle l’aurait voulu ces dernières années.
Antoine trouvait la lecture inutile lorsqu’elle ne contribuait pas directement à sa carrière.
Il lui avait même reproché un jour d’acheter des romans alors qu’elle aurait pu suivre une formation professionnelle.
À l’époque, elle avait reposé le livre qu’elle tenait dans les mains.
Aujourd’hui, elle en acheta trois.
Lorsqu’elle sortit de la caisse, Gabriel venait d’entrer.
Il portait un manteau gris et une écharpe sombre. Ses cheveux étaient légèrement décoiffés par le vent.
— Tu es en avance, remarqua-t-il.
Claire lui montra son sac.
— J’ai pris de l’avance sur notre programme.
Il regarda les livres.
— Combien ?
— Trois.
— Et tu comptes me laisser choisir le quatrième ?
— Certainement pas. Je viens de te rencontrer, Gabriel. Je ne vais pas te confier mes décisions littéraires.
Il posa une main sur son cœur.
— Je suis blessé.
— Tu survivras.
Ils rirent.
Le libraire leur indiqua un petit café à l’arrière de la boutique. Ils s’installèrent près d’une fenêtre donnant sur une cour intérieure.
Pendant près d’une heure, ils parlèrent de livres, de voyages et de leurs projets professionnels.
Claire apprit que Gabriel avait commencé sa carrière en rénovant de petits immeubles anciens avec une équipe de quelques personnes. Son entreprise avait grandi progressivement, mais il continuait à visiter les chantiers lui-même.