— Parce que l’accord concernait uniquement ce qu’elle me devait personnellement. Il ne concernait pas les autres engagements dont j’avais découvert l’existence.
Il s’interrompit.
— Je ne peux pas affirmer qu’elle a commis une infraction. Je peux seulement dire que certains documents soulevaient des questions que son père souhaitait voir éclaircies.
— Son père t’a demandé de l’aider ?
— Il m’a demandé de conserver des copies de certains échanges et de les remettre à son avocat si nécessaire. Il ne voulait pas que sa fille soit condamnée par des rumeurs. Il voulait que les choses soient examinées correctement.
Claire hocha lentement la tête.
— Et la lettre ?
— Je n’en connais pas le contenu exact. Mais si elle a été préparée par son père, elle devait avoir un objectif précis.
Il regarda vers le bâtiment.
— Je n’aurais jamais imaginé qu’elle serait déposée sur la table d’un mariage.
Claire se lève.
— Je crois que nous devrions partir.
Gabriel se leva à son tour.
— Tu es sûre ?
— Oui. J’ai vu ce que je devais voir.
Elle regarda une dernière fois la terrasse.
— Antoine voulait me faire comprendre que sa vie était meilleure sans moi. Je pense qu’il a assez de problèmes à régler sans que je reste là pour assister au reste.
Gabriel sourit.
— C’est probablement la décision la plus raisonnable de la journée.
Ils commencèrent à marcher vers le parking.
Mais avant qu’ils atteignent l’allée principale, une voix les appela.
— Claire !
Elle s’arrêta.
Antoine arrivait rapidement, la lettre à la main.
Il n’avait plus son sourire.
Sa boutonnière était de travers et sa cravate avait été desserrée.
Il semblait avoir vieilli de plusieurs années en quelques minutes.
— Claire, attends.
Elle se retourna.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Il s’arrêta devant elle, essoufflé.
Son regard passa de Gabriel à son ex-femme.
— Je dois te parler.
— Alors parle.
Antoine baissa les yeux vers la lettre.
— Je crois que je te dois des excuses.
Claire reste immobile.
Elle avait attendu ces mots pendant des mois.
Elle avait imaginé qu’ils lui apporteraient du soulagement, qu’ils feraient disparaître la colère, qu’ils lui permettraient enfin de refermer la porte sur leur histoire.
Mais en entendant Antoine les prononcer, elle ne ressentit qu’une étrange prudence.
— Pour quoi ? demanda-t-elle.
Il releva la tête.
— Pour ce que je t’ai dit après notre divorce. Pour la façon dont je t’ai traitée. Pour t’avoir invitée ici en pensant que je pourrais te montrer que j’avais réussi sans toi.
Il avala difficilement sa salive.
— Je voulais que tu regrettes de m’avoir quitté.
Claire le regarda longuement.
— Je ne t’ai pas quitté parce que je pensais que tu échouerais, Antoine. Je t’ai quitté parce que je n’étais plus heureuse avec toi.
Il ferma les yeux.
— Je sais.
— Non. Je ne crois pas que tu le saches encore.
Elle fit un pas vers lui.
— Pendant des années, tu as cru que mon rôle était de soutenir tes ambitions, d’applaudir tes réussites et de te rassurer quand tu doutais de toi. Tu ne t’es jamais demandé si j’avais, moi aussi, des rêves. Tu ne m’as jamais demandé si j’étais heureuse.
Antoine baissa la tête.
— Tu as raison.
— Et quand je suis partie, tu as préféré raconter que j’étais incapable de suivre un homme ambitieux plutôt que d’admettre que tu avais cessé de me respecter.
Il ne répondit pas.
Claire sentit sa voix trembler légèrement, mais elle continua.
— Tu m’as fait croire que je n’étais pas assez bien pour toi. J’ai passé des mois à essayer de comprendre ce que je devais changer.
Elle inspira profondément.
— Alors aujourd’hui, je vais te dire quelque chose que j’aurais dû te dire depuis longtemps.
Antoine releva les yeux.
— Je n’avais pas besoin de devenir une autre femme pour mériter ton amour. J’avais besoin de cesser de croire que ton amour était la mesure de ma valeur.
Le visage d’Antoine se contracta.
Il détourna le regard, incapable de soutenir le sien.
Gabriel resta silencieux.
Il n’essaya pas de répondre à la place de Claire.
Il ne chercha pas à la défendre.
Il lui laissa simplement l’espace nécessaire pour dire ce qu’elle avait gardé en elle pendant trop longtemps.
Antoine finit par murmurer :
— Je suis désolé.
Claire hocha lentement la tête.
— J’entends tes excuses.
Il sembla espérer davantage.
— Est-ce que tu peux me pardonner ?
Elle réfléchit quelques secondes.
— Peut-être, un jour.
Un éclat d’espoir apparut dans ses yeux.
Puis elle ajouta :
— Mais le pardon ne signifie pas que je veux revenir dans ta vie.
L’espoir disparut.
Claire se détourna.
Antoine la retint par une question.
— Tu es heureuse avec lui ?
Elle regarda Gabriel, puis revint vers son ex-mari.
— Ce n’est pas la question.
— Alors quelle est la question ?
Claire lui sourit doucement.
— La question, Antoine, c’est de savoir si je suis heureuse avec moi-même.
Elle prit le bras de Gabriel.
— Et pour la première fois depuis longtemps, je crois que la réponse est oui.
Puis elle s’éloigna.
Antoine resta seul au milieu de l’allée, la lettre froissée dans la main.
Il avait voulu que Claire voie ce qu’il avait construit.
Il venait de découvrir ce qu’il avait détruit.
PARTIE 8 — LE SECRET DE LA FAMILLE BEAUMONT
Claire et Gabriel n’avaient pas encore atteint leur voiture lorsque Françoise les rejoignit.
— Gabriel, je vous en prie. Attendez.
Il se retourna, le visage fermé.
— Que voulez-vous ?
Françoise s’arrêta à quelques pas d’eux.
Elle semblait soudain plus petite que lorsqu’elle avait traversé la terrasse, quelques heures plus tôt. Ses épaules étaient tombantes et son sac glissait de sa main.
— Je voudrais vous demander pardon.
Gabriel resta silencieux.
— J’aurais dû intervenir plus tôt, poursuivit-elle. J’aurais dû dire la vérité à ma fille. À Antoine. À tout le monde.
Claire l’observa avec méfiance.
— Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ?